Jean-Marie Bockel réagit aux propos du général Mandon

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By InfoHunter



Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’État à la Défense et père de Pierre-Emmanuel Bockel, décédé lors de l’opération Barkhane au Mali, est l’invité de « Tout est politique », mercredi 26 novembre. Il revient sur les enjeux de défense, la dimension morale des engagements militaires et réagit aux récentes déclarations du général Mandon sur la « force d’âme » et l’acceptation du risque pour les soldats français.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Sonia Chironi : Vous avez perdu votre plus jeune fils, Pierre-Emmanuel Bockel, au Mali. Il participait à l’opération Barkhane, menée par l’armée française contre le djihadisme au Sahel, opération qui s’est achevée en 2022. Il est décédé dans un accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à treize soldats français, il y a presque exactement six ans.

Après ce drame, votre deuil a été de nouveau bouleversé par une polémique suscitée par les propos du chef d’état-major des armées, le général Mandon. Mardi dernier, devant le congrès des maires, il a estimé qu’il était nécessaire, dans le contexte international tendu que nous connaissons, que notre pays restaure ce qu’il a appelé sa « force d’âme », pour « accepter de souffrir afin de protéger ce que nous sommes », et qu’il soit prêt à accepter de perdre ses enfants. Cette dernière phrase a particulièrement été critiquée. Comment l’avez-vous comprise et reçue ?

Jean-Marie Bockel : Je pense connaître un peu le général Mandon, puisque j’ai eu l’occasion de travailler avec lui, notamment lors de la reconfiguration des bases militaires françaises en Afrique, alors qu’il était à l’Élysée. Nous collaborions à l’époque avec son prédécesseur, Thierry Burkhard. C’est une personne posée, certainement pas un provocateur. Je crois que ses propos s’inscrivent dans une analyse des enjeux géopolitiques, des nouveaux risques et de la nécessité de s’y préparer.

Tout son discours portait sur la préparation militaire en termes d’équipements, de capacités industrielles, et de moyens du pays mais aussi sur la dimension morale. Face à des adversaires potentiels comme la Russie, qui nous observent et interviennent dans nos débats par des moyens très sophistiqués ou plus simples, la dimension morale est indissociable de la montée en puissance des capacités de défense, y compris au niveau européen.

À la fin de son intervention, il a évoqué le risque encouru par les soldats engagés. Cela m’a évidemment touché. Quand mon fils s’est engagé, comme ses camarades, il savait les risques encourus. Les soldats préparent toujours une photographie avant de partir en OPEX, pour que, si un drame survenait, celle-ci puisse servir. Ils en plaisantent, mais ils en ont pleinement conscience, tout comme nous, leurs familles. On imagine toujours que cela n’arrivera pas. Et pourtant, quand ça arrive, on n’y est jamais préparé.

Dans un pays qui respecte la vie de ses soldats et prend soin des blessés, la force morale consiste également à accepter ce risque. Le problème du débat médiatique est que la polémique a effacé l’essentiel. Pour ma part, il m’a semblé important de préciser que je comprenais ce que le général Mandon avait voulu dire, non pas pour le défendre il n’en a pas besoin mais pour en restituer le sens.

Nathalie Saint-Cricq : Vous avez dit que, sans être dans le secret des dieux, vous imaginez, le connaissant, que ce n’était pas un propos tenu à la légère. Est-ce que cela signifie que, comme l’a évoqué Emmanuel Macron à plusieurs reprises, vous considérez que ce réarmement moral est nécessaire ? En clair, faut-il, comme vous dites, « secouer » un peu les Français ?

Lorsqu’on parle de certains sujets, comme l’a montré la réaction aux propos du général Mandon, cela provoque inévitablement un débat, parfois une polémique. Mais au fond, cela oblige chacun à réfléchir et à se poser des questions. Le terme « réarmement moral » peut sembler connoté. Il a été employé par le passé dans un certain mouvement. Pour ma part, je l’entends non pas dans une perspective moralisatrice, mais simplement dans l’idée que, face à des menaces réelles, le pays doit rester debout, garder le moral.

Il s’agit de mobiliser tous les Français, jeunes et moins jeunes, soldats ou civils, sur une conscience commune des enjeux. Beaucoup pensent que les dangers sont lointains et qu’ils ne les concernent pas directement. Pourtant, nous avons déjà des soldats en Europe, dans les pays baltes et en Roumanie, aux côtés de partenaires de l’OTAN, pour sécuriser leur territoire. Comme l’a rappelé le général Mandon, la Russie pourrait nous tester dans les années à venir. Et si la solidarité européenne et au sein de l’OTAN ne s’exerce pas, un incident à une frontière pourrait être perçu comme un signe de faiblesse. C’est aussi cela, la dimension morale : être capable de soutenir et de protéger ce qui nous relie, au-delà de nos frontières immédiates.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.





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