
Pourtant soutien de la première heure de Donald Trump, l’élue républicaine Marjorie Taylor Greene a annoncé ce vendredi sa démission prochaine du Congrès américain. Une annonce qu’elle a accompagnée d’une très forte critique du président.
Une séparation bruyante. Déçue par Donald Trump, l’élue ultraconservatrice Marjorie Taylor Greene a indiqué qu’elle allait quitter prochainement le Congrès américain. Lors de son annonce surprise le 21 novembre dernier, elle s’est fendue d’une attaque au vitriol contre le début du second mandat du milliardaire et les dirigeants républicains, accusés de trahir leur base.
Dans la foulée, Donald Trump a en retour publiquement renié la députée de Géorgie, mise au ban d’un Parti républicain qu’il mène toujours d’une main de fer.
«La lune de miel est finie», a assuré Andrew Koneschusky, un ancien conseiller parlementaire du chef démocrate Chuck Schumer. Selon lui, certains républicains sont désillusionnés par ces dix premiers mois de mandat Donald Trump.
«Le mécontentement est à multiples facettes», a-t-il précisé à l’AFP, citant notamment «la crise croissante du coût de la vie», mais aussi «la concentration du pouvoir dans l’exécutif», et «la diminution des pouvoirs du Congrès».
Une trahison du peuple américain
Dans son communiqué de quatre pages, Marjorie Taylor Greene a dénoncé un «complexe politico-industriel», plus enclin à servir les élites que les Américains ordinaires, selon elle.
L’élue a par ailleurs pointé du doigt le chef républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, plus occupé selon elle à soumettre au vote des projets de loi dénués de sens et à tester la loyauté des représentants, qu’à tenter réellement de mettre en application les promesses de campagne de Donald Trump.
Si Marjorie Taylor Greene a toujours été une figure iconoclaste au sein du parti, notamment en raison de ses déclarations parfois conspirationnistes, sa colère fait cette fois-ci écho aux propres doutes de ses collègues.
La députée républicaine Victoria Spartz a déclaré comprendre la décision de Marjorie Taylor Greene de s’enfuir d’une «institution qui a trahi le peuple américain».
Déjà 41 élus à la Chambre sur 435 prévoient de ne pas se représenter en novembre 2026, un chiffre inhabituellement élevé à un an de l’échéance. Et selon le média Punchbowl News, spécialiste des affaires du Congrès, ce nombre pourrait gonfler au vu des doléances exprimées en coulisses par les députés républicains.
«Le moral n’a jamais été aussi bas», a déclaré l’un d’entre eux de manière anonyme à Punchbowl News, évoquant une «bombe à retardement» concernant ces nouvelles démissions anticipées à attendre.
Une situation complexe pour les Républicains
Le départ de Marjorie Taylor Greene a aussi alimenté les spéculations sur de possibles démissions supplémentaires d’élus républicains. Une perspective dangereuse pour le parti, à la majorité extrêmement fine au Congrès, qui ne peut pas se permettre de perdre beaucoup d’élus.
Parmi les motivations derrière leur décision de quitter le Congrès, Marjorie Taylor Greene comme l’élu démocrate Jared Golden ont également cité le climat actuel de violence politique, qui ne fait que croître depuis plusieurs années, et a été illustré en septembre par l’assassinat de l’influenceur conservateur Charlie Kirk.
Selon une étude du cercle de réflexion indépendant Bipartisan Policy Center, le rôle du Congrès comme garde-fou du pouvoir exécutif s’est érodé depuis plusieurs années. C’est d’autant plus vrai depuis le retour au pouvoir de Donald Trump qui gouverne davantage à coup de décrets que de projets de loi adoptés par les deux chambres.
Pas facile donc d’être parlementaire actuellement, a considéré Andrew Koneschusky. «Si vous êtes républicain, vous ne pouvez pas exercer un jugement politique indépendant sans risquer des représailles» de la Maison Blanche, a-t-il ajouté.
«De nombreux républicains semblent estimer n’avoir que deux options : accepter cela, ou se retirer de la scène», a-t-il conclu.