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Quel poids économique et politique la France possède-t-elle encore en Afrique, notamment dans ses anciennes colonies ? Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo Brazzaville et au Sénégal, livre quelques éléments de réponse dans « La Matinale », en marge de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique, lundi 24 novembre.
Après l’île Maurice jeudi, et l’Afrique du Sud, Emmanuel Macron poursuit sa tournée africaine en se rendant en Afrique centrale, au Gabon, avant de s’envoler pour l’Angola. Une visite pour créer un nouveau lien, notamment économique, qui interroge sur la relation entre la France et le continent africain. Invité de « La Matinale » de franceinfo lundi 24 novembre, Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo Brazzaville et au Sénégal, auteur du Grand livre de l’Afrique aux éditions Eyrolles, explique que « le changement de notre politique consisterait à avoir des relations d’égal à égal et arrêter de faire la leçon aux pays africains. »
Ce texte correspond à la retranscription d’une partie de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.
Jean-Baptiste Marteau : Vous êtes ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo-Brazzaville ou encore au Sénégal. Les relations entre la France et l’Afrique, selon vous, sont-elles en train de se transformer radicalement ?
Nicolas Normand : Elles se sont assez largement transformées, mais avec beaucoup de retard. Les difficultés que nous avons rencontrées au Sahel en particulier, puisque nous sommes fâchés avec au moins trois ou quatre pays, viennent de ce manque de modernisation, d’adaptation de notre politique africaine. On a gardé le franc CFA, les bases militaires, les ingérences, les expéditions militaires… Tout ceci n’était plus d’actualité et les pays africains le rejettent de plus en plus. Cette espèce de poids d’un néocolonialisme n’est plus accepté, notamment par les générations les plus jeunes.
Il y a aussi des exemples où les relations sont au beau fixe. Je prends l’exemple du Gabon, où le chef de l’État est arrivé. Ce serait tout de même l’un des derniers alliés de la France sur le continent, c’est ce que titrait par exemple Jeune Afrique cette semaine.
Oui, mais il ne faut pas exagérer parce qu’il y a 54 pays en Afrique, 48 au sud du Sahara. Nous sommes fâchés avec trois ou quatre pays. Donc, il y a, en gros, 50 pays avec lesquels nous avons des relations normales, voire très cordiales, parce que les quatre pays qu’a visités le président Macron, c’est-à-dire Maurice, l’Afrique du Sud, l’Angola et le Gabon, sont des pays avec lesquels nous entretenons de très très bonnes relations.
Donc la France a encore de bonnes relations avec un nombre de pays africains ?
Absolument, tout à fait. Avec la Côte d’Ivoire et d’autres pays.
Aude Soufi-Burridge : Mais finalement, n’avons-nous pas de meilleures relations avec les pays dans lesquels nous n’avons pas été une puissance coloniale ? Parce que, mis à part le Gabon, les pays qu’Emmanuel Macron a visités sont des pays où la France n’a pas ce poids du passé.
Vous avez raison, le fait d’être l’ancienne puissance coloniale est aujourd’hui un handicap, parce que les jeunes qui n’ont pas connu cette période ont une image vraiment désastreuse, l’idée d’une exploitation, d’un pillage. C’est vrai d’ailleurs en partie, la colonisation a été très brutale et a traumatisé les populations, a humilié les Africains et donc cela est ressenti par la jeune génération. D’autre part, les pays sont en échec économique pour beaucoup d’entre eux et donc, il faut trouver un coupable.
Jean-Baptiste Marteau : C’est facile de se retourner vers l’ancien colonisateur.
Et la France étant encore restée très visible et étant le principal partenaire, nous sommes naturellement accusés. Les gouvernements sont d’abord accusés, d’où une série de coups d’État, et ensuite le principal partenaire qui est la France pour les anciennes colonies est accusé à son tour.
Cette décolonisation que vous évoquez, qui, vous le dîtes, a plutôt échoué, en tout cas nous n’arrivons pas à avoir des relations saines avec certains pays encore aujourd’hui, presque 60 ans après. Est-ce une spécialité franco-française ou d’autres anciennes puissances coloniales rencontrent-elles le même problème ?
Non, c’est malheureusement une spécialité franco-française, parce que nous sommes les seuls à avoir conservé de nombreuses bases militaires, à avoir conservé une monnaie comme le franc CFA, à avoir mené des expéditions militaires comme l’opération Serval et Barkhane, au Mali et au Sahel. Et nous sommes également les seuls à nous ingérer, à faire des injonctions, des communications publiques, faisant un peu la morale aux pays africains. Les autres pays sont plus discrets. Justement, le changement de notre politique consisterait à s’inspirer un peu de ce que font les autres pays, c’est-à-dire avoir des relations d’égal à égal, plus normales, et arrêter de faire la leçon aux pays africains.
Et c’est ce qu’Emmanuel Macron avait dit qu’il ferait au tout début de son mandat. On se souvient de son discours à Ouagadougou, où il s’était adressé à la jeunesse et avait justement dit qu’il allait rompre avec la France-Afrique. Finalement, il ne l’a pas du tout fait et a renoué avec ses écueils du passé, qui consistent à donner des leçons, à être moralisateur, à être un peu trop paternaliste.
Absolument, mais ce n’est pas le premier à avoir dit qu’il abandonnait la France-Afrique. Sarkozy, dès sa campagne électorale, avait dit la même chose. François Hollande a dit la même chose. Macron a redit la même chose, mais a poursuivi les mêmes politiques.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.