les familles de soldats face au long parcours d’identification des dépouilles

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By InfoHunter



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Depuis le début de la guerre, le seul dialogue constructif qui a parfois été noué entre Kiev et Moscou concerne l’échange de dépouilles de soldats. Mais cette identification prend parfois plusieurs mois.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


C’est une mission qui a le poids d’un fardeau. Yurii Poliuk veille sur les corps des soldats ukrainiens rendus par la Russie au cours des récents échanges entre les deux pays. Dans des wagons frigorifiques qui prennent le relais des morgues saturées, il y en a plus de 1 000 hommes, à qui il faut rendre leur identité. « C’est la première fois que notre pays affronte une telle situation avec une telle quantité de corps identifiés. Et ce n’est pas fini, malheureusement« , déplore Yurii Poliuk, directeur de l’institut médico-légal.

Dans son institut médico-légal, c’est le début d’un long processus. Les spécialistes relèvent les empreintes quand c’est possible ou des signes éventuels de torture. Le moindre indice est capital : ne montre, une alliance, une chaussure ou les insignes d’une brigade. Sur les sacs mortuaires, les Russes ont indiqué le champ de bataille où la dépouille a été ramassée, un autre indicateur.

Mais les corps, encore couverts de boue, sont souvent détériorés, ce qui est éprouvant pour ces experts pourtant aguerris. « Parfois on reçoit un squelette entier, mais parfois, ce sont juste des os. Le corps qu’on est en train d’observer est trop abîmé pour qu’on puisse l’identifier autrement que par l’ADN« , décrit Yurii Poliuk.

Alors la suite de l’enquête repose sur un laboratoire à Kiev. Inna Druchinina y consacre désormais l’intégralité de ses journées. Elle analyse des milliers de fragments d’os et en prélève l’ADN. Mais là aussi, la recherche se confronte à des cas de figures inédits : « La semaine dernière, j’ai analysé les os d’un même sac mortuaire, mais il y avait trois ADN différents. Il y avait donc les restes de trois hommes dans un seul sac. Là, je vais vérifier s’il s’agit d’une seule personne. » L’Ukraine accuse la Russie de compliquer délibérément les identifications. 15 000 corps d’Ukrainiens ont déjà été rapatriés.

À Kiev, la détresse des épouses ou mères qui attendent les résultats des expertises est palpable. Les portraits de leurs disparus hantent les bureaux du ministère. Face à elles, le chargé de mission spécialement nommé par le gouvernement. Chaque semaine, ils tentent de répondre à leurs questions, même s’ils n’ont pas toujours les réponses.

En interview, Artur Dobroserdov, chargé de mission pour les disparus de guerre, reconnaît que l’administration ukrainienne est submergée : « Il nous faudra au moins 14 mois pour identifier tous les corps. On fait au mieux pour améliorer notre organisation. On fait appel à des experts étrangers. On espère accélérer le processus.« 

La famille Zaïka attendait depuis décembre 2024 des nouvelles du soldat Ruslan, 30 ans, disparu dans l’Est ukrainien. Son épouse, sa mère, sa sœur ont espéré, de toutes leurs forces, jusqu’à un appel d’un enquêteur fin août. Le corps très abîmé du jeune homme a été rendu lors d’un échange en juillet et identifié grâce à son ADN.

« Quand on nous a appelés, tout s’est effondré. Au début, on ne voulait pas y croire. On se disait qu’il pouvait y avoir une erreur dans les tests ADN. Mais quand on a vu son corps, on a reconnu un tatouage que nous n’avions pas signalé. Il n’y avait plus de doute possible« , se rappelle douloureusement Natalia Zaïka, la mère de Ruslan.

Ruslan a été inhumé dans son village natal début septembre, neuf mois après son décès. « Au moins maintenant, on sait où il est. Et c’est ce qu’il aurait voulu« , confie Valentina, son épouse. « Il craignait que son corps reste sur le champ de bataille s’il mourait au combat. Là, il est revenu à la maison« , ajoute Natalia. L’Ukraine, de son côté, a renvoyé quelques centaines de dépouilles de soldats russes. Ces échanges, ainsi que ceux de prisonniers, constituent pour le moment le seul domaine dans lequel les deux pays coopèrent.





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