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Samedi 8 novembre, Frédéric Valletoux, député Horizons et président de la commission des affaires sociales, était l’invité de « La politique s’éclaire » dans la matinale de franceinfo. Il est revenu sur les déclarations d’Emmanuel Macron à propos de l’accord avec le Mercosur, et a également abordé le budget de la sécurité sociale, alors que ce week-end, les élus doivent se prononcer sur la partie « recettes ».
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Béatrice Gelot : Après des mois de résistance, la France s’apprête-t-elle à céder sur l’accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur ? C’est en tout cas l’impression qu’a donnée Emmanuel Macron ces derniers jours au Brésil, en déplacement pour la COP30. Il a dit que c’était un accord qu’il jugeait positif, mais qu’il restait vigilant, ce qui a provoqué un tollé chez les agriculteurs, mais aussi dans presque tous les partis politiques, y compris chez la ministre de l’Agriculture. Cet accord serait-il un bon accord ? Le Mercosur, est-ce qu’il faut le signer au final ?
Frédéric Valletoux : Ce n’est absolument pas un bon accord et je ne vois pas ce qui a pu amener le président de la République à dire que c’était un accord positif. D’abord parce que c’est le contraire de tout ce qu’il a dit depuis des mois, sauf si par enchantement il avait totalement inversé le rapport de force dans cet accord, mais on sait que ce n’est pas le cas. C’est un accord qui va mettre en péril un certain nombre de filières dans notre pays. Ne serait-ce que pour une chose simple, et sans rentrer dans trop de détails, c’est qu’on va laisser rentrer des produits sur lesquels on n’a pas du tout le même niveau de normes et d’attentes que ce que l’on exige des producteurs français et des agriculteurs français. À partir de là, on fait rentrer le loup dans la bergerie et ça ne peut évidemment pas produire du bon pour l’agriculture française. Il faut être extrêmement vigilant. Dans les contreparties qui sont en train d’être discutées, il faudra, jusqu’au dernier moment, se battre pour essayer de préserver l’agriculture française.
Emmanuel Macron dit que parmi les avancées, il y a ce qu’on appelle des clauses de sauvegarde, ce qui permettrait de suspendre temporairement les importations en cas de distorsion, de trop forte concurrence. Est-ce que ces clauses de sauvegarde vont dans le bon sens ou bien faut-il aller encore plus loin puisque la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dit que, malgré ces clauses de sauvegarde, le compte n’y est pas ?
Les clauses de sauvegarde, là aussi, c’est un pis-aller qui permet effectivement de se protéger, mais on a cédé sur l’essentiel et on n’a pas su convaincre l’Europe et peser suffisamment pour fédérer un nombre suffisant de pays afin de dresser des lignes qui soient de vraies lignes de défense de notre modèle agricole, de la qualité de nos productions agricoles. Maintenant que le traité va se faire et qu’on n’a pas su convaincre, il faut, à travers les clauses de sauvegarde, trouver des moyens de préserver autant que possible l’agriculture française. Je ne suis pas dans les négociations, mais on en vient à discuter de détails parce que sur l’essentiel, malheureusement, on a perdu la bataille.
On a entendu le chef de l’État qui mettait aussi en avant des règles sanitaires et environnementales qui seraient les mêmes entre les pays du Mercosur et les pays européens. Est-il quasi impossible aujourd’hui d’arriver aux mêmes règles sanitaires ?
Maintenant, ça va être un peu tard parce que le traité du Mercosur est dans un état d’avancement qui est quand même assez avancé au niveau de l’acceptation par les instances européennes. Dans les prochains jours, le gouvernement, et notamment Mme Genevard, devra nous dire ce qu’elle a prévu, parce que là aussi, les mots, c’est bien. Elle est ministre maintenant depuis un an. Il faut qu’elle nous indique très clairement ce qu’elle met dans ses clauses de sauvegarde et comment elle va se battre. C’est vraiment au gouvernement d’agir, de ne pas baisser les bras pour essayer, autant que possible, de préserver l’agriculture française.
Emmanuel Macron évoque aussi un soutien au secteur de l’élevage. On connaît la politique agricole commune, la PAC. Ça fonctionne plutôt bien. Pourquoi, dans ce cas-là, cela ne fonctionnerait-il pas ?
Aujourd’hui, l’élevage français va être dans le grand bain de la mondialisation, confronté à des producteurs, notamment concernant le Mercosur sud-américain, qui n’ont pas du tout les mêmes exigences environnementales, ni les mêmes exigences en termes de qualité de viande produite. Ce sont des batailles que l’on mène en n’ayant pas les mêmes armes que l’adversaire et inévitablement, on se met en danger. La filière agricole reste une grande filière qui fait la fierté de l’économie française, c’est aussi une filière qui emploie beaucoup, qui est structurante pour notre pays. C’est un élément de fragilisation que les agriculteurs voient venir depuis des années, pour lequel nous sommes nombreux à avoir alerté. Malheureusement, nous arrivons au terme d’un processus qui, si les clauses de sauvegarde ne sont pas à la hauteur de ce que nous souhaitons, mettra notre agriculture en danger.
Est-ce que ce ne serait pas une bonne stratégie d’Emmanuel Macron d’accepter et de signer cet accord Mercosur ? Ces pays représentent 750 millions de consommateurs potentiels, et certains industriels français, notamment dans le secteur automobile ou du vin, seraient très heureux de cet accord. Alors que les États-Unis, eux, mettent des droits de douane de plus en plus importants, n’est-ce pas une manière pour la France d’élargir ses horizons commerciaux ?
Tout n’est pas à jeter dans le traité du Mercosur. Nous parlions de l’agriculture. Dans le traité, il n’y a pas que l’agriculture. Il y a aussi, sur le volet industriel, pour un certain nombre de produits, la perspective d’accéder à de nouveaux marchés de manière plus facile. Tout cela ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture. L’agriculture est un des socles de notre mode de vie. Nous avons la chance en France d’avoir une agriculture qui est diversifiée, active, performante, et qui gagne chaque année en qualité de la production, avec des exigences environnementales qui vont bien au-delà de ce que l’on connaît dans la plupart des pays d’Europe, et évidemment bien au-delà de ce que l’on connaît dans la plupart des pays du monde. Cette agriculture de qualité, nous y tenons. Simplement, dans les grands flots de la mondialisation, face à des productions, je le redis, sud-américaines qui n’ont pas du tout le même niveau d’exigence, elle risque d’être mise à mal. Bien sûr que dans le Mercosur, il y a, côté industriel pour certaines filières, des perspectives de marché qui sont intéressantes.
Un débat vous occupe en ce moment. Ce sont les discussions sur le budget de la Sécurité sociale. Allez-vous vous prononcer ce week-end sur le volet recettes de ce budget ? Ce budget de la Sécurité sociale sera-t-il finalement voté ?
Je ne suis pas devin. J’espère bien qu’effectivement nous pourrons, ce week-end, et j’espère dans l’après-midi, passer au volet dépenses. C’est quoi le budget de la Sécurité sociale ? C’est environ 680 milliards d’euros, c’est plus que le budget de l’État, c’est tout ce que notre pays met dans le financement de son modèle social. Les retraites, la santé, etc. Nous travaillons depuis le début de la semaine sur les recettes. Il faut que nous votions les recettes. Cet après-midi, il y aura un vote. Il faut que ce vote nous permette d’accéder ensuite au deuxième volet, qui est celui des dépenses, où nous aborderons la manière dont nous redistribuerons pour financer notre politique. Si le volet recettes n’est pas voté ou est rejeté par l’Assemblée, la discussion s’arrête immédiatement et le texte part au Sénat.
Personne n’a intérêt à ce que ce volet soit rejeté puisque tout le monde attend la discussion sur la suspension de la réforme des retraites, qui est tout de même le point d’orgue de ce budget pour beaucoup.
Certains focalisent là-dessus. Je n’oublie pas qu’il y a beaucoup d’autres choses dans ce budget. Nous allons parler des indemnités journalières et des arrêts de travail. Nous aborderons aussi la manière dont nous réorganiserons les affections de longue durée, cela concerne quand même des dizaines de millions de Français. Il y a des sujets qui sont importants. Mais vous avez raison, la promesse faite par le Premier ministre de suspendre l’application de la réforme des retraites est une chose contre laquelle je suis et je trouve que c’est une aberration économique. C’est une facilité qui a été faite à la négociation avec les socialistes sans même se préoccuper de l’intérêt général. C’est mon avis personnel, qui est aussi l’avis de l’ensemble des députés Horizons, qui voteront contre cette mesure. Il faut que nous passions cette partie sur les recettes pour aborder l’ensemble. Nous voterons mercredi soir sur l’ensemble du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. C’est à ce moment-là que les uns et les autres devront dire s’ils adhèrent ou s’ils n’adhèrent pas, s’ils soutiennent ou s’ils ne soutiennent pas ce projet de loi de financement de la Sécu. J’espère que le vote permettra d’aborder les dépenses, car c’est finalement dans l’équilibre des recettes et des dépenses que l’on peut avoir la plus posée des appréciations de ce qu’est ce budget.
Sébastien Lecornu a fait beaucoup de concessions aux Socialistes.
Ça je vous le confirme. Même peut-être beaucoup trop.
Est-ce que cela a crispé le socle commun, les députés Horizons ? Est-ce que à force de trop donner aux uns, il perd les autres ?
D’abord, il faut trouver le chemin pour essayer de concilier ce qui, au départ, paraît assez inconciliable, ce qui est évidemment difficile. Nous verrons à l’arrivée. Je ne veux pas commencer à dire des phrases définitives alors que la discussion est en cours. Néanmoins, ce que je remarque, c’est que c’est un projet de budget qui n’est pas satisfaisant et qui ne porte aucune promesse de réforme structurelle. Nous avons un modèle social qui arrive à épuisement, gangrené par la dettee . Ce qui est aberrant, c’est de se dire que nous payons des prestations sociales par de la dette sur les marchés financiers. Nous avons un système social qui n’est plus adapté aux besoins, qui tire la langue. Les professionnels sont épuisés. Rien de structurant ne figure dans ce budget. Il est vrai que les concessions faites aux socialistes sont une chose qui, pour eux, suscitent beaucoup d’interrogations pour mettre de nouvelles recettes dans le système. Mais à l’inverse, le volet économique n’est pas travaillé. Et cela, c’est regrettable.
Avec toutes ces concessions faites, il faut un déficit de 17,5 milliards. Vendredi 7 novembre, Amélie de Montchalin a dit qu’il ne faudra pas aller au-delà de 20 milliards. Ils ouvrent la porte à beaucoup plus de déficit.
Ce qui est important pour nous et pour Horizons, c’est de savoir si on diminue la dette ? Nous sommes aujourd’hui à 23 milliards de dette de la sécurité sociale, c’est-à-dire quasiment autant qu’en 2021. Sauf qu’en 2021, nous avions le Covid. Aujourd’hui, il n’y a plus de pandémie, il n’y a plus de Covid. Et malgré tout, nous avons quasiment le même déficit. Cela est évidemment impossible. L’effort doit être fait. On nous avait promis un équilibre à 17 milliards. Déjà, on nous parle de 19 à 20 milliards. Cela signifie que nous baissons la garde. Ce n’est pas acceptable. Il faut faire des économies. Le gouvernement nous avait promis des économies sur les agences de l’État, en disant qu’un tiers des agences de l’État allait être supprimé ou fusionné pour faire 2 à 3 milliards d’euros d’économies. Nous ne voyons rien venir. Ce que je veux dire, c’est qu’à un moment donné, il va falloir montrer que nous faisons des économies, et pas seulement sur les patients. Je terminerai là-dessus : la question du doublement des franchises sur les consultations est inacceptable, ce n’est pas aux patients et aux malades de payer les réformes de structure que le gouvernement ne sait pas mettre en œuvre. Et là-dessus, je serai très ferme.