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C’est un fléau qu’on peine à endiguer : le harcèlement scolaire, dont les signalements ont explosé ces deux dernières années. On donne rarement la parole aux harceleurs repentis : c’est le cas de Guillaume, aujourd’hui âgé de 32 ans. Il vit dans le Puy-de-Dôme, et il a harcelé l’une de ses camarades de classe en primaire. Il l’a recontactée des années plus tard pour s’excuser. Voici son témoignage.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Pour se libérer d’un poids et d’une forme de culpabilité, Guillaume a décidé de prendre la parole publiquement. Il assume avoir harcelé certains camarades de classe dans un long message posté sur les réseaux sociaux. « Je me moquais sur le physique, sur tout ce que je pouvais trouver. J’allais même parfois jusqu’à être violent. Je l’ai fait durant la primaire et une partie du collège. Et la chose qui me hante le plus, c’est de me dire que probablement, ils y pensent peut-être encore », écrit-il.
Le déclic lui est venu en lisant le témoignage d’une jeune femme harcelée. S’il se repent aujourd’hui, c’est selon lui d’abord pour les victimes. « Peut-être que dans le fond, il y a aussi une part de « j’ai besoin de mettre des mots » et de me pardonner à moi-même. Je pense que ça peut aider des gens et c’est vraiment le but de la démarche », explique-t-il.
Parmi ses souffre-douleurs, il y avait Mélodie. Les deux anciens camarades de primaire ont repris contact il y a quelques années. Âgée de 32 ans aujourd’hui, elle n’a pas oublié les années de moquerie. « J’étais juste seule, incomprise comme la bête noire. Et la solitude entraîne les railleries », se souvient la trentenaire. « On était plusieurs à nous moquer de toi. Et effectivement, à t’isoler et même à s’arranger presque pour être sûr que tu sois seule, à dire même que tu étais malade pour ne pas que les gens s’approchent de toi, etc. Enfin, c’était vraiment un effet de groupe, je pense », témoigne Guillaume.
Depuis, Guillaume lui a présenté ses excuses, qu’elle a acceptées. « Tu as reconnu tes torts. C’est toujours un moment qui fait du bien, qui est libérateur », partage Mélodie.
Comme beaucoup d’enfants harceleurs, Guillaume dit avoir souffert lui-même de mal-être en primaire, notamment à cause de conflits dans le foyer familial. Une situation vécue comme une injustice. « Je souffrais et je voyais d’autres enfants qui avaient l’air plus heureux. J’avais envie de faire souffrir autrui et de ne pas être le seul à vivre cette injustice. Évidemment, ça n’excuse rien, mais ça peut expliquer pourquoi je me suis mis à faire ce genre de choses », analyse Guillaume.
Nous avons fait lire le témoignage de Guillaume à Nora Tirane. En 2013, sa fille s’est donné la mort après avoir été harcelée. Pour elle, ces prises de parole sont primordiales, surtout pour les victimes. « Sa parole, elle est forte. Je dirais, elle dit aux personnes : « vous n’y êtes pour rien ». S’il y a des personnes victimes qui l’entendent, il vient vous confirmer que vous n’y êtes pour rien, qu’il n’y a pas de profil type et qu’en effet, c’est du côté des auteurs de faits et des harceleurs qu’il faut agir », assure Nora Tirane, fondatrice de l’association « Marion la main tendue ».
D’après une étude publiée mercredi 5 novembre par son association, 7 % des élèves sont considérés comme harceleurs.