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Le « 20 Heures » du 5 novembre vous propose un voyage au coeur de la jungle colombienne, au plus près de ceux qui fabriquent la drogue qui inonde les marchés français et européen. Les équipes de France Télévisions ont pu filmer des laboratoires clandestins dissimulés dans des arbres, qui transforment la feuille de coca en cocaïne, à l’aide de produits chimiques très dangereux.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Depuis la ville de Cali s’étendent des montagnes à perte de vue. Derrière nous, 1h32 de route. Nous nous trouvons dans une zone rouge, contrôlée par plusieurs groupes armés. Un intermédiaire nous accompagne. Nous devons être discrets à cause des risques d’enlèvement. Autour de nous, l’or vert, les cocaïers, avec leurs feuilles de coca. Dans la voiture, tout le monde est tendu. Des narcotrafiquants armés peuvent aussi surgir à tout moment. Après une heure, sur des chemins chaotiques, nous poursuivons à pied dans la jungle colombienne.
Un paysan a hésité à nous montrer son laboratoire clandestin. Il a annulé deux fois notre rendez-vous. Il a peur d’être vu avec des étrangers et dénoncé. Des laboratoires comme celui-là, il y en a des centaines dans la région. C’est ici que commence la fabrication de ce qui deviendra de la cocaïne. Tout est artisanal, rudimentaire. « C’est illégal. Si on se fait prendre, on va direct en prison. Et je sais bien qu’on fait du mal à l’humanité, aux jeunes, mais je n’ai pas le choix. Ça rapporte tout juste de quoi nourrir ma famille », confie-t-il. Il doit acheter les feuilles de coca, payer ses ouvriers. À la fin du mois, il reste à ce producteur environ 300 euros, soit le salaire minimum en Colombie.
« C’est dans la nervure blanche de la feuille de coca que se trouve en petite quantité la cocaïne. Il faut des produits chimiques pour l’extraire. Sans ça, ça ne sort pas », explique encore le paysan qui nous sert de guide, une feuille à la main. Il continue de nous détailler le processus : « Ça, c’est de la chaux blanche. C’est comme du ciment. C’est évidemment très mauvais pour la santé », indique-t-il, alors que l’un de ses employés répand de la chaux sur l’amas de feuilles.
Il flotte dans l’air une odeur acre de solvant et de carburant. Ce sont des litres d’essence qui sont versés sur les feuilles de coca pour les faire macérer. L’étape suivante, c’est la soude caustique utilisée d’ordinaire pour déboucher les toilettes. Elle permet ici de récupérer le précieux liquide, un concentré d’alcaloïdes, dont la cocaïne est la principale substance active. Après une nuit d’évaporation, le produit va se solidifier, il faudra le cristalliser pour obtenir de la cocaïne pure.
« Nous ne connaissons pas les narcotrafiquants à qui nous vendons cette pâte de coca. Nous n’avons à faire qu’à des intermédiaires et nous n’avons aucune idée de l’endroit où ça part. »
Le prix d’un kilo de cocaïne est de 300 à 500 euros en Colombie. Le prix de vente en France est de 50 à 70 000 euros, soit 140 fois plus. La production de cocaïne a été multipliée par deux en un an seulement, du jamais vu en Colombie. Aujourd’hui, ce sont plus de 260 000 hectares qui sont cultivés. La plupart des cultures se trouvent ici, dans les montagnes du Cauca, une zone dangereuse aux mains d’anciens guérilleros marxistes des FARC.
La plupart ont rendu les armes en 2016, mais 7 000 combattants ont refusé. Aujourd’hui, ils sont divisés en deux camps et se battent entre eux pour le contrôle du trafic de drogue. Face à eux, dans la jungle, l’armée colombienne. Les forces anti-narcos multiplient les opérations contre les FARC dissidents. Des affrontements extrêmement violents et meurtriers. En ville, à Cali, un millier de policiers ont été envoyés en renfort pour rejoindre cette unité d’élite, le Bloc de Recherche, créé dans les années 80 pour traquer Pablo Escobar. Aujourd’hui, ils cherchent à démanteler les nouveaux cartels.
« Quand on regarde qui est au service des FARC dissidents, eh bien on voit beaucoup de jeunes, y compris des mineurs de moins de 18 ans. Ils fonctionnent exactement de la même manière que les cartels de la drogue. Et ils travaillent directement avec les cartels mexicains pour le trafic de drogue », pointe Pedro Sanchez, ministre colombien de la Défense.
Les policiers se déploient à nouveau dans les fiefs des narcotrafiquants. Un habitant confirme vivre dans la peur : « Il y a beaucoup de criminels. Et à la tombée de la nuit, c’est un coupe-gorge. On ne peut pas sortir. C’est trop dangereux », nous explique-t-il à sa fenêtre. « La drogue est absolument partout. Et le trafic aussi », assure-t-il.
Une guerre alimentée par un marché toujours en hausse de 25 millions de consommateurs de cocaïne dans le monde.
- Rapport Nations-unies
- UNODOC
- Ministère colombien de la défense
- Source X
- Compte réseaux sociaux FARC dissidents
Liste non exhaustive.