révélations sur les méthodes des trafiquants

Photo of author

By InfoHunter



Publié



Mis à jour



Temps de lecture : 4min – vidéo : 4min

Le protoxyde d’azote fait des ravages chez les jeunes et inquiète les autorités. Il est interdit aux mineurs depuis quatre ans. Mais, dans les faits, cette interdiction est facile à contourner.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

Le gaz hilarant, un sérieux problème de santé publique. Les cas graves d’intoxication explosent. Mais la justice a la plus grande peine à enrayer le trafic. La faute à un tour de passe-passe des revendeurs.

Acheter du protoxyde d’azote est un jeu d’enfant sur les réseaux sociaux. Depuis 2021, sa vente au particulier est limitée à de petits volumes et surtout interdite aux mineurs. Mais, sur un site, on peut acheter de grandes quantités. Et pour l’âge, cocher une case suffit. Est-il si simple de contourner la loi ? Les équipes de France Télévisions ont remonté la filière.

Direction un entrepôt en Allemagne, nous nous faisons passer pour des grossistes souhaitant se lancer dans le commerce de protoxyde. Dans le showroom, on nous présente la marchandise et on nous annonce les tarifs : 12 euros la bonbonne qui peut se revendre le double. Nous ne sommes pas les premiers clients français. « On a deux, trois clients français, mais ils se font livrer directement par camion en France », indique une femme. Les bonbonnes sont vendues avec des ballons pour inhaler le gaz. Aucune ambiguïté sur leur usage. « Tout le monde ferme les yeux. La police, les services de la ville, tout le monde le sait. Mais bon, c’est légal », poursuit-elle. Les bonbonnes de ce même industriel ont été au cœur d’une vaste enquête et d’un rude échec de la justice française.

Au printemps 2024, des enquêteurs repèrent d’étranges va-et-vient quotidiens autour de garde-meubles. Des bonbonnes, livrées par semi-remorques, sont stockées dans toute la région parisienne et revendues au détail, via les réseaux sociaux notamment. À la clé, plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires. Six hommes sont interpellés et renvoyés devant le tribunal d’Évry (Essonne) pour trafic de protoxyde d’azote en bande organisée. Des dizaines de palettes sont saisies, ainsi que de l’argent liquide en quantité, des véhicules et une arme.

Mais à l’audience, les avocats des prévenus plaident un autre usage, légal celui-là, la fabrication de crème fouettée. C’est même écrit sur les bonbonnes. « Il est acquis que l’intégralité des marques relevées, « Creamy », « Creamy Deluxe », « Fast Gas », sont relatives aux protoxydes d’azote à vocation culinaire et industrielle », indique le tribunal correctionnel. Autrement dit, le commerce de ce gaz n’est pas interdit. Le tribunal suit ce raisonnement et relaxe tous les prévenus. Il ordonne même la restitution des palettes de protoxyde d’azote. Le parquet a fait appel, mais les enquêteurs restent amers. « On a eu une longue enquête. C’était une de nos priorités, puis au final, ça fait pschitt. Quand on voit les troubles graves en termes de santé publique, on est très surpris. Il faut arrêter d’être hypocrites », lance l’un d’entre eux.

Et cette relaxe à Évry n’est pas un cas isolé. Même chose à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), Montpellier (Hérault), Chambéry (Savoie), Pau (Pyrénées-Atlantiques). En 2024, dans 40 % des cas, les procureurs renonçaient même à poursuivre les trafiquants présumés. Car depuis novembre 2021, une note du ministère de la Justice prévient les parquets : « Ne sont donc pas sanctionnées la vente, l’offre ou l’usage du protoxyde d’azote que ce produit soit ensuite détourné ou non. »

Quatre ans après cette note, et alors que l’usage détourné ne cesse de croître, la législation n’a toujours pas évolué. « Probablement que la loi est pour l’instant assez mal adaptée à la situation et à l’usage récréatif. La loi est pour l’instant assez incomplète. Évidemment qu’il y a une difficulté législative, mais une fois de plus, le ministère de la Justice ne peut que renvoyer au législateur qui est chargé de faire la loi pénale », déclare Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice.

L’Assemblée nationale et le Sénat travaillent sur des propositions de loi, mais chacun de leur côté. Au vu de la situation parlementaire, les trafiquants de protoxyde ont encore un peu de temps devant eux.





Source link

Laisser un commentaire