
Le gouvernement portugais est parvenu à un accord avec l’extrême droite pour adopter mardi une réforme visant à durcir la loi encadrant la naturalisation des étrangers.
Face au doublement du nombre d’étrangers au Portugal en trois ans, et alors que la coalition au pouvoir ne dispose pas d’une majorité au Parlement, le gouvernement de droite a décidé d’adopter, mardi, avec les voix du parti d’extrême droite Chega («Assez») une réforme pour durcir les conditions d’acquisition de la nationalité portugaise. Le texte prévoit également un certain nombre d’autres mesures pour limiter la naturalisation d’étrangers.
«Le Portugal entre aujourd’hui dans le groupe des pays européens où il sera plus difficile d’obtenir la nationalité», s’est félicité le président de Chega, André Ventura, en expliquant qu’il avait fallu «des concessions de part et d’autre» pour trouver un accord avec le camp gouvernemental après des mois de négociations. «La majorité a décidé de céder sur l’une de nos propositions, qui concernait l’obtention frauduleuse de la nationalité, et de ne pas céder sur une autre, liée à la perte de nationalité en cas de crimes violents», a-t-il précisé.
Une immigration «pas suffisamment contrôlée»
Selon André Ventura, l’immigration au Portugal n’est plus suffisamment controlée. Le nombre d’étrangers établis au Portugal a doublé en trois ans, dépassant fin 2024 1,5 million d’immigrés, soit environ 15% de la population totale. Derrière les Brésiliens, premier contingent avec près de 485.000 immigrés, nombre de ces étrangers proviennent de pays d’Asie du sud comme l’Inde (qui occupe le 2e rang avec près de 100.000 ressortissants), le Népal (6e rang), ou le Bangladesh (7e rang).
Sous le précédent gouvernement socialiste (2015-2024), le Portugal avait une des politiques migratoires les plus ouvertes d’Europe. L’exécutif de Luis Montenegro a commencé par abroger une disposition qui permettait à tous les immigrés de demander à être régularisés en démontrant qu’ils travaillaient depuis au moins un an en cotisant pour la sécurité sociale, même s’ils étaient entrés sur le territoire portugais de façon irrégulière.
En juillet, le Parlement a voté pour la création d’une nouvelle unité au sein de la police nationale, chargée de lutter contre l’immigration illégale et d’organiser les expulsions. Puis, le mois dernier, le gouvernement a soumis une nouvelle version de sa réforme de la loi sur l’immigration, visant à répondre aux objections soulevées par la Cour constitutionnelle en matière de restrictions au regroupement familial.
Ce texte prévoit aussi de réserver les visas de recherche d’emploi aux travailleurs hautement qualifiés, et mettre fin à la possibilité pour les Brésiliens de régulariser leur situation après leur arrivée avec un visa touristique.