quand la soif du numérique assèche les sols américains

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By InfoHunter



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Les data centers, des hangars géants, nécessaires pour stocker les données numériques, poussent un peu partout dans le monde. Et ce, avec des conséquences importantes sur l’environnement. Dans certains États américains, ils consomment tant d’électricité et d’eau qu’ils en privent les riverains.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Ce sont les nouveaux géants du XXIe siècle : les data centers, le cerveau, la mémoire de l’intelligence artificielle. Dans ces immenses bâtiments, des serveurs ultra-puissants qui, pour fonctionner 24 heures sur 24, doivent être alimentés en électricité, et refroidis en permanence avec des tonnes d’eau. Des géants énergivores, au point de parfois priver le voisinage. Dans l’État de Géorgie (États-Unis), à quelques centaines de mètres d’un nouveau centre de données, la puissance de la pression de l’eau froide s’est tarie depuis la construction du bâtiment. Les habitants se sentent impuissants. « Vous avez vraiment l’impression d’être face à un mur immense. Vous ne pouvez rien faire et ils s’en fichent », déplore une femme.

Selon les experts, faire une simple demande à l’intelligence artificielle revient à consommer 50 centilitres d’eau potable, soit l’équivalent d’une petite bouteille. Près de la moitié des data centers au monde se trouvent aux États-Unis. France Télévisions en a recensé et cartographié 3 031, trois fois plus qu’il y a dix ans.

Plus d’un tiers se trouve dans des zones en détresse hydraulique. En Arizona, par exemple, l’un des États les plus chauds et secs, plus d’une centaine dans la région de Phoenix. Et cela ne cesse d’augmenter, à un rythme effréné. Sur des images satellites, un site de Microsoft est passé d’un à cinq bâtiments en six ans, avec un permis pour consommer de l’eau en quantité. « L’eau pompée juste ici permet d’alimenter ces cinq data centers. Ils utilisent jusqu’à 7 millions de tonnes d’eau par an, de quoi fournir normalement 61 000 habitants« , détaille Diane Schlienger, envoyée spéciale à Phoenix (Arizona).

Le jour du tournage, il fait près de 40 degrés. Mais l’eau coule en continu pour les data centers. C’est leur façon d’éviter la surchauffe et d’assurer qu’aucune donnée ne soit perdue. Mais à quelques kilomètres de là, pour les agriculteurs, le flux a été coupé par les autorités des restrictions au nom de la sécheresse.

« On a reçu un message en nous disant que le niveau du barrage était trop bas. C’est fichu pour tous les agriculteurs le long de ce canal. On n’a plus d’eau pour cultiver quoi que ce soit dans ces champs. Sur ces 32 hectares, de la route jusqu’à là-bas », témoigne Nancy Caywood, agricultrice à Casa Grande (Arizona). L’ironie, c’est que de grandes entreprises de l’intelligence artificielle lui ont proposé de racheter ses terres. « C’est injuste parce que nous, on n’a aucun droit. Et eux, s’accaparent notre eau, notre terre. Et on se demande pourquoi elles viennent dans un désert alors qu’il y a une sécheresse ?« , questionne-t-elle.

En Arizona, de grandes étendues sont constructibles à moindre coût. Alors dans cette région aride, où certaines rivières ont depuis longtemps disparu, d’autres centres de données comptent bien déloger les cactus. Les projets se multiplient et rencontrent désormais de la résistance. Le slogan de Reed Spurling, militant de « No Desert Data Center » : « Pas une goutte d’eau pour les data centers. « Ici à Tucson, il fait 11 degrés de plus qu’avant. On pourrait plutôt utiliser cette eau pour rafraîchir la ville, en réalimentant les rivières asséchées« , suggère-t-il.

La terre a été rachetée pour construire le plus grand campus de l’intelligence artificielle de la région. Les promoteurs proposent soit d’utiliser une immense quantité d’eau, soit autant d’électricité que pour une ville de 500 000 habitants. Mais cette course folle n’est pas près de s’arrêter : en Arizona, les centres de données bénéficient de davantage fiscaux et les autorités de l’État assument. « Ils apportent des milliards de dollars chaque année dans les caisses des communes, qu’on n’aurait pas sinon. Il faut juste qu’on trouve un moyen légal pour que les data centers produisent leur propre énergie afin qu’ils soient la solution et non plus le problème », indique Kevin Thompson, le président de « Arizona Corporation Commission ».

France Télévisions a contacté plusieurs data centers. Tous ont refusé les demandes de tournage, mais se disent déterminés à réduire leurs dépenses en énergie, avec par exemple des projets innovants, comme des data centers flottants en Californie.





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