Gabriel Zucman rappelle, sur France inter, la levée de boucliers des milliardaires de l’époque contre l’impôt sur les grandes fortunes.
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Gabriel Zucman, appelle, samedi 25 octobre, sur France Inter, à « ne pas répéter l’échec intellectuel et politique » des socialistes au moment de l’instauration de l’impôt sur les grandes fortunes de 1981. L’économiste et directeur de l’Observatoire européen de la fiscalité réagissait à l’amendement des députés du Parti socialiste pour instaurer une « taxe Zucman light« .
Cette taxe, version socialiste, veut instaurer un impôt minimum de 3% sur les hauts patrimoines, à partir de « 10 millions d’euros« , contre 2% sur les patrimoines à partir de 100 millions pour la taxe Zucman.
Elle exclurait, par ailleurs, toutes les entreprises innovantes et les entreprises familiales. « Je me réjouis que le principe de l’impôt plancher, c’est-à-dire de poser cette idée que les grandes fortunes doivent payer un minimum incompressible chaque année, soit un acquis. Ensuite, sur les modalités, on peut avoir une discussion« , affirme-t-il.
« J’alerte sur ce que nous apprend l’expérience historique et internationale : dès qu’on introduit des exonérations, on lance la machine à optimisation »
Gabriel Zucman, éocnomiste
Pour lui, commencer à taxer beaucoup plus haut, « à 100 millions d’euros » en disant « si vous êtes immensément riches, vous n’avez pas besoin de la moindre exonération ou niche fiscale, alors vous allez devoir entrer de plain-pied dans le champ de la solidarité nationale sans échappatoire possible« , c’est ça qui est « gage d’efficacité, de rendement budgétaire et de justice« .
Exonérer, par exemple, les entreprises familiales et innovantes, serait pour Gabriel Zucman « prendre le risque de répéter les erreurs commises en 1981, où le pouvoir socialiste de l’époque crée un impôt sur les grandes fortunes, l’ancêtre de l’ISF« .
Il développe : « Il y a eu une levée de bouclier des milliardaires de l’époque qui demandaient à en être exonérés et le pouvoir en place a fait voter une exonération pour les soi-disant biens professionnels, c’est-à-dire les grosses détentions actionnariales. Les milliardaires ne payaient pas et n’ont jamais payé l’ISF« .
« À la veille de son abolition en 2016, le taux effectif d’impôt sur la fortune pour les milliardaires français, c’était 0,005%« , poursuit l’économiste, évoquant « un échec intellectuel et politique dramatique qu’il ne faudrait pas répéter 40 ans après. »
« Le niveau de dette publique approche de 120% du PIB, on ne l’a pas vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la fin de la Première Guerre mondiale et avant ça la Révolution française. Dans tous les cas, ça s’est fini par une mise à contribution des plus grandes fortunes« , estime Gabriel Zucman. Il déplore « une situation des finances publiques objectivement très détériorée« .
L’enjeu aujourd’hui, pour lui, réside dans les « richesses privées très importantes » et notamment celle des ultra-riches qui « échappent très largement à l’impôt« . « On ne va pas réussir à s’en sortir tant qu’on ne demande pas à ces très grandes fortunes de contribuer au même titre que le reste de la population française« , insiste-t-il.
Pour l’économiste, « la justice fiscale est un ingrédient essentiel » afin d’obtenir « un budget juste, stable et gage d’apaisement politique. »