En Haïti, immersion au cœur des gangs qui ont mis la main sur la capitale

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By InfoHunter



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La capitale d’Haïti, Port-au-Prince, dont les gangs ont pris le contrôle, est désormais en état de siège permanent. Les forces gouvernementales ne contrôlent plus qu’une infime fraction de la ville de 3 millions d’habitants. Exécutions sommaires et enlèvements sont désormais monnaie courante. Les équipes de France Télévisions se sont rendues sur place, assistant à des affrontements entre milices armées.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Une femme fuit les tirs nourris. D’autres ont tellement l’habitude qu’ils se pressent à peine. Nous arrivons dans un quartier central de Port-au-Prince (Haïti), en plein affrontement armé ; d’un côté la police, de l’autre les gangs. Nous embarquons avec une unité d’élite des forces de l’ordre. Très vite, le blindé est sous les tirs. Les snipers des bandes criminelles sont embusqués dans des ruines. Les rues désertées par les habitants sont contrôlées par les gangs. Des cocktails molotov lancés par les assaillants atterrissent sur le toit. La fumée inquiète les policiers. Mais pas question de sortir du blindé. Nous serions à découvert.

« Notre but, c’est de déstabiliser le gang », nous indique un agent, arme à la main. « On essaye de maîtriser le terrain », explique-t-il. Leur but est d’empêcher les gangs d’avancer, alors qu’ils contrôlent déjà 80 % de Port-au-Prince. Ces zones fantômes que les Haïtiens ont fuies. Nous avons cherché à rencontrer le chef de gang d’un quartier où quelques civils sont restés. Il accepte, mais ne veut pas être reconnaissable. Lourdement armé, son gang est accusé de meurtres, de viols, de pillages, d’enlèvements. Dans leur quartier, la police ne vient jamais, même en blindé. « La police connaît les limites de son territoire et nous connaissons les nôtres. On ne va pas les chercher s’ils nous laissent tranquille », assure le chef.

Le leader de tous ces gangs est un ancien policier, prénommé « Barbecue ». Ce matin, il est en colère contre ses hommes de main. La distribution de cartables qu’il a ordonnée n’avance pas assez vite. L’homme est une figure centrale des violences en Haïti. Les États-Unis offrent d’ailleurs cinq millions de dollars à toute personne permettant son arrestation. Il prétend devant nous que les gangs ont changé : « Dans notre coalition, nous ne kidnappons plus, nous ne violons plus », affirme Jimmy Chérizier, dit « Barbecue », chef de la coalition de gang « Vivre ensemble ». Personne ici, évidemment, n’oserait critiquer devant notre caméra le maître du quartier.

« C’est lui qui commande. S’il nous demande de ne pas aller quelque part, on n’y va pas. C’est lui qui décide de tout », confie une mère de famille. « Barbecue » vit habituellement caché. Et s’il accepte d’être filmé, c’est uniquement entouré de ces enfants. Il espère peut-être éviter une frappe de drone, car il se sait menacé. Dans cette foule, un tel engin ferait trop de victimes collatérales.

Aujourd’hui, justement, dans un autre quartier de la capitale, nous assistons aux funérailles de huit enfants tués par un drone. « J’aimerais que ceux qui envoient des drones s’arrêtent et évitent de tuer nos enfants », implore une habitante. L’engin a été envoyé par des mercenaires américains. Ils travaillent avec la police haïtienne. Le drone a visé, en vain, le chef de gang du quartier. Une cérémonie soudainement interrompue : c’est la panique. La foule, traumatisée, a pris un oiseau dans le ciel pour un drone. « On ne peut même pas faire confiance à la police », tance un homme.

Puisque la police est inefficace en ville, comme à la campagne, des citoyens ont créé leur propre groupe pour lutter contre les gangs. Des hommes surveillent les routes d’accès pour la commune de Kenscoff. Les gangs contrôlent déjà 60 % de cette bourgade. Le maire, qui a monté cette milice, nous explique être régulièrement menacé par les bandits. « Ils disent qu’ils vont venir me prendre chez moi et qu’ils vont venir me kidnapper pour me tuer, pour me maltraiter », témoigne Jean Massillon, maire de Kenscoff (Haïti).

Les enlèvements contre rançon sont devenus quotidiens dans ces rues de Port-au-Prince. L’une des filles d’une mère de famille a été kidnappée en juillet dernier. Cette femme, au désespoir, a déjà versé plus de 1 000 euros de rançon, mais les ravisseurs ne libèrent toujours pas sa fille. « Elle est peut-être violée, battue, je ne sais pas ce qui se passe pour elle. Et dans quel état sera-t-elle si elle revient un jour ? », s’interroge-t-elle.

Ces quartiers désertés, tenus par les gangs, sont le symbole de l’effondrement de l’État. Les Nations unies viennent d’ailleurs de décider de la création d’une force anti-gang internationale pour lutter contre ces bandes criminelles.





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