
Alors que le musée du Louvre vient de subir un vol avec effraction historique, la Cour des comptes a pointé, dans un rapport provisoire non publié que CNEWS a pu partiellement consulter, le retard pris par l’établissement pour assurer sa sécurité.
Un cambriolage spectaculaire a eu lieu ce dimanche matin peu après l’ouverture du Louvre, le musée le plus visité au monde, où un commando de quatre malfaiteurs s’est emparé de huit bijoux du XIXe siècle d’une «valeur inestimable» avant de prendre la fuite. Un constat révélateur de failles dans la sécurité de l’établissement, dont certaines ont été pointées dans un rapport provisoire, non publié, de la Cour des comptes.
Selon ce rapport, partiellement consulté par CNEWS, le Musée du Louvre a engagé «à partir des années 2000» une démarche de programmation du renouvellement de ses infrastructures techniques et de sécurité. Pourtant, face à la longueur des études, la complexité du terrain et au défi logistique, la sécurisation de ce musée de 73.000 m2 abritant quelque 35.000 oeuvres ne semble pas assurée de manière optimale.
«Du fait du report persistant du schéma directeur de modernisation des équipements de sûreté, l’équipement en caméras n’est réalisé pour l’essentiel que dans le cadre des chantiers de réaménagement de salles», note la Cour qui précise que l’augmentation ne s’est donc concentrée que sur certaines salles «comme le Hall Napoléon».
«Ces espaces d’expositions temporaires sont ainsi couverts à 100% aujourd’hui, alors que 60% des salles de l’aile Sully et 75% pour l’aile Richelieu ne sont pas protégées par des dispositifs de vidéo-surveillance», peut-on encore lire dans ce rapport, qui point également certaines défaillances au niveau de la sécurité incendie.
Le rapport devait initialement être publié en décembre mais le vol spectaculaire de bijoux dans la galerie d’Apollon, ce dimanche 19 octobre, pourrait retarder sa publication.
200 emplois supprimés
A son arrivée à la tête du Louvre en 2021, Laurence des Cars avait demandé à la préfecture de police de Paris de mener un audit de sécurité sur son établissement. A la suite de cet audit, des recommandations ont été rendues «il y a quelques semaines, quelques mois» et «commencent à être mises en oeuvre», a affirmé ce dimanche la ministre de la Culture Rachida Dati, sans donner plus de précisions.
Selon certaines organisations syndicales, la sécurisation du musée a été mise à mal par des réductions de personnels au cours des récentes années, alors même que la fréquentation du musée explosait. Sous couvert de l’anonymat, une source syndicale affirme ainsi que 200 équivalents temps-plein ont été supprimés au musée au cours des 15 dernières années, notamment sur des postes de sécurité, sur des effectifs globaux de près de 2.000 salariés. «On ne peut pas se passer de la surveillance physique», affirme cette source.
«Nouvelle Renaissance du Louvre»
La sécurisation du Louvre, encore plus avec le cambriolage de dimanche, devrait à nouveau être au coeur des débats autour du vaste projet d’extension du musée parisien, annoncé fin janvier par Emmanuel Macron. Réagissant à l’état des lieux alarmant sur la vétusté du Louvre dressé par sa présidente, le chef de l’Etat avait annoncé un projet de rénovation colossal, dont le coût est évalué à environ 700 à 800 millions d’euros sur une dizaine d’années.
Baptisé «Nouvelle Renaissance du Louvre», il prévoit d’ici 2031 une nouvelle entrée pour décongestionner la pyramide de verre, une salle d’exposition dédiée à la Joconde, ainsi qu’un billet d’entrée plus cher pour les visiteurs non européens, avec, à terme, un objectif de 12 millions de visiteurs annuels contre environ 9 actuellement. «Des mesures de sécurisation sont intégrées dans le nouveau grand projet du musée du Louvre», a assuré dimanche Rachida Dati, évoquant un nouveau «schéma directeur de la sécurité».