
La situation politique à Madagascar se tend après plusieurs jours de manifestations. Ce dimanche, une unité militaire a dit prendre le contrôle de l’armée tandis que le président Andry Rajoelina a dénoncé une «tentative de prise de pouvoir illégale».
Situation tendue à Madagascar. Alors que les manifestations contre le pouvoir se multiplient depuis plusieurs semaines, le président malgache avait indiqué ce dimanche qu’une «tentative de prise de pouvoir illégale et par la force» était en cours à Antananarivo, la capitale du pays. Peu après, une unité militaire a annoncé prendre le contrôle total de l’armée.
Dans une vidéo diffusée, les militaires ont annoncé avoir pris possession du Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT) : «Désormais, tous les ordres de l’armée malgache, terre, air, mer, émaneront du quartier général du CAPSAT».
Les officiers du CAPSAT ont ajouté avoir nommé le général Démosthène Pikulas à la tête de l’armée – un poste vacant depuis que l’ancien chef a été nommé ministre des Forces armées la semaine dernière – sans que l’on sache dans l’immédiat si cette nomination peut être considérée comme officielle.
Air France suspend ses liaisons
Samedi, ces militaires avaient rejoint les manifestations, appelant les forces armées malgaches à désobéir. Des soldats avaient affronté des gendarmes devant leur caserne avant d’entrer dans la ville à bord de véhicules militaires pour rejoindre les manifestants sur la place symbolique du 13-Mai, devant la mairie de la capitale.
Ils avaient été accueillis avec jubilation avant d’appeler à la démission d’Andry Rajoelina.
Dans ce contexte tendu et incertain Air France a annoncé, ce dimanche, avoir suspendu toutes ses liaisons entre Paris et Antananarivo depuis samedi, jusqu’à ce lundi 13 octobre au minimum. Ce blocage sera revu tous les jours, en fonction de l’évolution des manifestations antigouvernementales.
Dans l’aéroport de la capitale, plusieurs perturbations ont été recensés, notamment vers les Seychelles/Dubaï et l’île de la Réunion.
Un pouvoir sous le feu des projecteurs
Depuis le 25 septembre, un large mouvement de contestation a été lancé par des habitants de la Génération Z. Initialement, les manifestants protestaient contre les multiples coupures d’eau et d’électricité, mais les revendications se sont ensuite tournées contre les responsables politiques au pouvoir, dont le président Andry Rajoelina.
Depuis 2022, plus de 75 % de la population malgache vit sous le seuil de pauvreté, avec l’équivalent de 80 centimes d’euro par jour et par personne.
Depuis le début des manifestations à Madagascar, 22 morts ont été recensés ainsi qu’une centaine de blessés. Des chiffres largement contestés par le président, qui assure qu’il n’y a eu qu’une petite dizaine de morts, uniquement «des pilleurs» et «des casseurs», selon lui.
Un mouvement similaire a déjà été observé au Maroc, au Népal, au Sri Lanka… et s’est soldé, dans ces pays, par des démissions et des chutes de pouvoir.