
À Chott Essalem, situé dans le gouvernorat de Gabès (Tunisie), des manifestations ont éclaté ce vendredi 10 octobre pour protester contre les récents cas d’asphyxie dus aux gaz toxiques émanant des usines du Groupe chimique tunisien (GCT), spécialisé dans la transformation du phosphate en engrais chimiques.
De vives protestations. Après une hausse des cas d’asphyxie à Gabès (Tunisie), des centaines d’habitants ont manifesté ce vendredi 10 octobre pour exiger le démantèlement du complexe du Groupe chimique tunisien (GCT), une usine de traitement des phosphates, rejetant ses déchets dans la mer et l’atmosphère.
«Le peuple veut le démantèlement du groupe chimique», «Nous voulons vivre», «Gabès est victime de la pollution et de l’injustice du gouvernement», ont scandé les protestataires, qui ont répondu à l’appel de l’ONG Stop Pollution. Ils ont également brûlé des pneus et bloqué les routes menant à la zone industrielle.
Cette mobilisation fait suite à la diffusion de vidéos d’élèves souffrant de suffocation dans le collège de Chott Essalem, située près des usines dédiées à la production et à la transformation du phosphate en engrais chimiques, inaugurées en 1972.
La veille, une vingtaine de personnes avaient déjà été hospitalisées pour des problèmes d’asphyxie liés à des émanations provenant de cette même usine, selon la radio locale Jawhara FM. Les résidents avaient alors organisé un sit-in afin de dénoncer la dégradation environnementale et les cas répétés d’asphyxie d’élèves, attribués aux émissions polluantes des usines.
Un secteur florissant
Après plusieurs années de conflits sociaux, entravant l’extraction et le transport du phosphate, principale richesse naturelle du pays, le président Kais Saied a entrepris de relancer ce secteur stratégique pour la Tunisie. En effet, l’État a perdu 5 places dans le classement mondial depuis 2010, occupant désormais le 10e rang.
Le gouvernement a notamment prévu d’augmenter la production d’engrais de 3 à 14 millions de tonnes annuelles d’ici 2030, pour profiter de la hausse des cours mondiaux.
Cependant, la production de fertilisants émet des gaz hautement toxiques, à l’instar du dioxyde de soufre et l’ammoniac, tandis que le phosphogypse, résidu de cette production, contamine les sols et les nappes phréatiques avec des substances cancérigènes, tels que le plomb et l’arsenic.
Les Gabésiens protestent donc depuis longtemps contre la dégradation de leur environnement et le déclin de la pêche dans cette oasis côtière, autrefois très poissonneuse. Selon un rapport du laboratoire universitaire français Géosciences Environnement Toulouse, paru en décembre dernier, l’usine émet «des niveaux très élevés» de polluants aux «conséquences dévastatrices», provoquant des «malformations cardiaques» et divers types de «cancers».
En 2017, les autorités avaient promis de démanteler le complexe au profit d’un établissement conforme aux standards internationaux, une promesse restée sans suite.