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Vendredi 19 septembre, Alexandre Giuglaris, directeur général de la Fondation du patrimoine, était l’invité de la Matinale de franceinfo. Alors que les Journées du patrimoine se tiennent ce week-end, avec, notamment, la réouverture des deux tours de Notre-Dame, il insiste sur le rôle de l’évènement dans la prise de conscience et la préservation du petit patrimoine.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Les 42es Journées du patrimoine ont lieu ce week-end. Mais en amont, ce matin, Emmanuel Macron va visiter Notre-Dame de Paris avec la réouverture des deux tours de la cathédrale au public. Notre-Dame, à cause ou grâce à cet incendie finalement, est devenue le monument le plus visité ?
C’était déjà le monument le plus visité avant l’incendie, mais effectivement, la réouverture des tours, qui vient poursuivre les travaux de restauration et de réouverture au public au mois de décembre dernier, est une étape supplémentaire qui va ravir évidemment les touristes et tous les amoureux du patrimoine.
Les touristes, les Français aussi, les Parisiens qui viennent redécouvrir Notre-Dame ?
Effectivement, il y a beaucoup de Français, d’étrangers qui se rendent tous les jours à Notre-Dame de Paris. Là, il va falloir réserver un créneau et ce ne sera pas simple parce qu’il va y avoir beaucoup de succès. Ces tours sont rouvertes et permettront aussi de voir le nouvel escalier et d’avoir une vue assez exceptionnelle sur Paris.
Qu’est-ce qu’on va voir de là-haut exactement ? C’est quoi le point de vue ?
On voit Paris en hauteur, évidemment, et puis on voit aussi tous les travaux qui ont été réalisés, comme la restauration des gargouilles par exemple. Vous allez pouvoir voir toute la restauration de près, parce que quand on prend de la hauteur, on voit un certain nombre d’édifices de manière plus qualitative qu’on ne peut le voir quand on est au sol, à l’intérieur de la cathédrale.
Il y a cet escalier à double révolution en bois, le plus haut du monde. C’est une première. Il n’existait pas avant, c’est quelque chose qui n’a pas été reconstruit ?
Ce n’était pas un escalier en bois. C’est une prouesse technique. Le chantier de Notre-Dame a permis de mettre en avant un certain nombre d’artisans, de restaurateurs, de compagnons, tous ces métiers qu’on a redécouverts à l’occasion de ce chantier. Avec la réouverture des tours, on met en avant une nouvelle technique. Pas une technologie, mais une technique, avec cet escalier en bois. C’est un élément de satisfaction et de réussite, on peut s’en réjouir.
Vous êtes fier de cette restauration ? Emmanuel Macron avait promis de reconstruire en cinq ans et il a tenu parole. C’est encore plus beau qu’avant ?
C’est une fierté collective parce qu’effectivement, il y a d’abord tous les artisans, tous les compagnons, tous ceux qui sont intervenus sur le chantier. Il y a aussi tous ceux qui ont permis la réalisation de ce chantier grâce à leurs contributions financières. Je pense aux centaines de milliers de petits donateurs comme aux plus importants, aux grandes entreprises. C’est un édifice emblématique du patrimoine français, du patrimoine mondial d’ailleurs, puisqu’il y avait une émotion, on s’en souvient, très largement au-delà des frontières françaises. Donc oui, soyons heureux, c’est une belle nouvelle.
L’édition des 42es Journées du patrimoine, c’est ce week-end. On va pouvoir aller visiter un certain nombre d’édifices. C’est dédié, cette année, au patrimoine architectural. Hommage à Notre-Dame ou c’est plus large que ça ?
Je pense que c’est plus large, mais effectivement, c’est inscrit dans la continuité de la réouverture de la cathédrale. Le patrimoine, c’est une grande diversité d’édifices. Et parler de patrimoine architectural, c’est rappeler que le patrimoine, ce sont évidemment les grandes cathédrales, mais aussi les châteaux, les lavoirs, les pigeonniers, l’ensemble de ce qui fait le patrimoine, qu’il soit protégé au titre des monuments historiques ou qu’il ne le soit pas. À la Fondation du Patrimoine, on est très attachés à ce petit patrimoine des territoires. Donc, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, comme tout au long du reste de l’année, on peut redécouvrir toutes ces merveilles.
Pour les téléspectateurs qui nous regardent, quels sont les conseils que vous donneriez ? Où faut-il aller ? Où faut-il se précipiter pour dénicher ces joyaux du patrimoine ?
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, vous avez la chance de pouvoir accéder à des édifices qui sont généralement fermés au public. On pense aux bâtiments officiels. On voit souvent des files d’attente dans les édifices publics, les ministères et autres. Moi, j’aurais plutôt tendance à conseiller d’aller dans les petits musées ou dans des petits édifices. La chance, c’est qu’il y en a partout, donc on peut se rendre dans ces musées un peu partout en France, parce qu’il y aura moins de monde et donc on a une expérience plus qualitative, je dirais, quand on se rend dans ce type d’édifices.
Vous nous disiez que Notre-Dame est le lieu le plus visité. Pour ces Journées du patrimoine, c’est plutôt l’Élysée, non ? Ou Matignon ?
Il y a des jauges de sécurité. Je pense que c’est déjà trop tard si on veut visiter l’Élysée, les créneaux doivent être complets. Mais non, ça reste les grands édifices qui sont effectivement les plus visités. Notre-Dame de Paris ou le château de Versailles. Ça entraîne un flux considérable de visiteurs.
À la veille de ces Journées du patrimoine, vous, à la Fondation du patrimoine, vous lancez l’Observatoire du patrimoine non protégé. Qu’est-ce que vous entendez par bâtiment non protégé et à combien vous estimez les bâtiments qui sont dans un état critique aujourd’hui ?
Il y a 30 ans, cette fondation a été créée pour s’intéresser, aider, accompagner en priorité ce petit patrimoine des territoires ruraux. Aujourd’hui, en France, il y a ce qu’on appelle les monuments historiques. Ça relève du ministère de la Culture et à intervalle de 4-5 ans, le ministère publie un état sanitaire pour connaître l’état de ce patrimoine des monuments historiques. Et puis, il y a tout le reste. Nous avons fait une première estimation qui montre que 67 000 édifices non protégés au titre des monuments historiques sont en péril ou en mauvais état. Et ce que nous voulons faire à travers ce chiffre, qui est une première estimation, c’est alerter et pousser à l’action pour que des gens s’engagent en tant que bénévoles, que tous ceux qui sont financeurs du patrimoine se mobilisent, se sentent concernés par cet état du patrimoine non protégé qui est en mauvais état pour une partie de ces édifices.
L’objectif fixé, c’est de pouvoir restaurer combien de ces monuments en état critique ?
L’objectif, évidemment, c’est de sauver tout le patrimoine français, notamment pour le transmettre. Ça se fait petit à petit. Nous, on vient accompagner les propriétaires de patrimoine, qu’ils soient privés ou publics, en apportant des fonds. On collecte des dons et on les reverse aux propriétaires pour les travaux. Mais avant de faire ça, il faut d’abord savoir. La première étape de cet observatoire, c’est d’évaluer les besoins. Ça représente à peu près deux édifices par commune, donc ça permet d’avoir un ordre de grandeur et évidemment on va essayer de se mobiliser, d’encourager chacun à agir, à aller chercher des fonds pour engager ces restaurations. Parce que finalement le patrimoine, et à l’occasion de ces Journées européennes du patrimoine on s’en rend bien compte, il y a un attachement collectif extrêmement important. Mais il faut pouvoir le transmettre et pour le transmettre, il faut le restaurer, l’entretenir et donc financer des restaurations.
Tous les ans, on met la lumière sur le patrimoine avec ces journées portes ouvertes un peu partout. Mais est-ce que ça veut dire que le reste du temps, le patrimoine est en berne et qu’on l’oublie un petit peu dans les financements ? Est-ce qu’on fait assez d’efforts au niveau de l’État pour défendre ces monuments patrimoniaux ?
En l’occurrence, avec Stéphane Bern, on fait beaucoup de choses, y compris avec le Loto du patrimoine, pour sauver et entretenir ce patrimoine. Je ne dirais pas que la situation est critique. Elle est importante et il faut évidemment agir. Mais le ministère de la Culture, pour ce qui est des monuments historiques intervient, et, globalement, l’état est satisfaisant. Mais le patrimoine se dégrade tous les jours. On oublie souvent l’impact des événements climatiques sur le patrimoine, l’usure du temps, et donc il faut entretenir. Il faut effectivement faire un constat sur les monuments historiques, qui est globalement satisfaisant. Sur le patrimoine non protégé, c’est plus inquiétant, parce qu’il est moins connu, moins visible, et donc c’est tout le sens de cet observatoire que nous lançons. C’est d’alerter, mais c’est aussi de mobiliser, parce qu’on ne va pas rester les bras croisés et se dire que tout va mal. Non, on va essayer d’agir, on va essayer d’engager le maximum de travaux et de mobiliser des fonds pour ça.
Il y a un patrimoine qui nous intéresse ici sur ce plateau, c’est la tapisserie de Bayeux. Cette tapisserie qui doit être déplacée et qui doit être prêtée aux Anglais. Beaucoup de spécialistes disent qu’elle n’est pas transportable. Quel est votre avis là-dessus ?
Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne peux pas vous dire si elle est déplaçable ou non. Ce que je sais, c’est que Philippe Bélaval, qui est l’ancien président du Centre des monuments nationaux, est en charge de ce transfert et de ce prêt au Royaume-Uni. C’est quand même quelqu’un qui est très sérieux et connaît bien ces sujets. Donc on peut lui faire confiance pour ne pas mettre en péril cette tapisserie. Il y aura forcément des études de conservation. Il faudra s’assurer que tout ça est faisable de manière qualitative, sans mettre en dommage ou en péril cette tapisserie. Mais globalement, je pense qu’on peut considérer que les gens qui ont lancé ce projet connaissent suffisamment la matière pour ne pas prendre de risque.
Il y a beaucoup de vols qui ont lieu dans les musées, notamment un vol à 9,5 millions d’euros dans un musée à Limoges il y a 15 jours. En décembre dernier, c’était onze tableaux de Bernard Buffet qui avaient été dérobés. Est-ce que nos musées sont suffisamment protégés ?
Il y a effectivement un enjeu de sécurité qui est important, que ce soit dans les musées, mais aussi les édifices religieux, où il y a beaucoup de vols. La question de la sécurité, elle est aussi, de mon point de vue, à traiter avec tout ce qui concerne les risques incendie. Et on l’a évoqué avec Notre-Dame-de-Paris, évidemment, l’incendie, c’est aussi une menace qui pèse sur les collections des musées ou des édifices. Aujourd’hui, en dehors des monuments historiques, la question de la sécurité est prégnante. C’est aussi une question de coûts, disons-le, parce qu’il faut des systèmes d’alarme, des systèmes de protection. L’une des garanties, c’est quand même les inventaires. Ça permet de savoir ce qui se trouve dans les collections, parce que pour qu’une partie de ces vols, bien souvent, et heureusement d’ailleurs, les œuvres sont retrouvées lors des ventes. Donc ça évite, ou du moins ça limite cette dispersion. Mais il y a un enjeu de sécurité qui est très important.