Publié
Mis à jour
Temps de lecture : 5min – vidéo : 6min
6min
Invité du « 20 Heures » samedi 13 septembre, Éric Lombard, ministre de l’Économie démissionnaire, revient sur la récente sanction de l’agence de notation Fitch, les enjeux du déficit public et les perspectives de dialogue pour le budget français. L’occasion pour lui de détailler la stratégie du gouvernement face à l’endettement, d’expliquer les ajustements envisagés sur l’effort budgétaire et de préciser sa position sur la fiscalité des grandes fortunes et le soutien aux entreprises.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Laurent Delahousse : Les Français doivent-ils, au quotidien, s’inquiéter de la sanction infligée par l’agence de notation Fitch ?
Éric Lombard : Non, les Français n’ont pas de raison de s’inquiéter. C’est mon message principal. Cette note vise simplement à comparer la situation de la France avec celle d’autres pays empruntant sur les marchés financiers. La situation de notre pays reste solide : notre économie résiste bien, avec une croissance au deuxième trimestre trois fois supérieure à celle de l’Allemagne. Le taux de chômage est le plus bas depuis des décennies, même s’il reste trop élevé, et nous restons le pays le plus attractif d’Europe. Autant d’éléments positifs à souligner.
Laurent Delahousse : Il y a donc des points positifs. Pensez-vous que le FMI soit envisageable ?
Éric Lombard : Je ne l’ai jamais envisagé. Le FMI existe, certes, mais il n’y a pas de situation d’urgence immédiate. En revanche, nous devons rester patients et déterminés pour réduire nos déficits, car notre endettement est trop élevé.
Laurent Delahousse : La France reste-t-elle un acteur économique majeur, ou les Français ont-ils le droit de s’interroger, en la voyant moins influente que, par exemple, l’Italie de Mme Meloni sur la scène européenne ?
Éric Lombard : La France n’est pas moins importante, au regard de la taille de son économie et de sa croissance. Fitch souligne toutefois deux sujets à traiter : le déficit et la fragmentation politique. L’agence note que l’adoption des budgets demeure un exercice difficile.
Laurent Delahousse : Faire des économies a été l’axe proposé par votre gouvernement et a été sanctionné. Que pensez-vous des 44 milliards envisagés ? Était-ce excessif ?
Éric Lombard : Les 44 milliards représentaient la proposition initiale de cadrage faite en juillet. Il est évident que ce cadrage doit évoluer et que l’effort à fournir sera ajusté par le Premier ministre grâce au dialogue engagé avec toutes les parties prenantes. Il faut rappeler que jamais un projet de budget n’a été présenté aussi tôt ; il doit donc être discuté et amélioré.
Laurent Delahousse : Le nouveau Premier ministre a d’ores et déjà annulé la suppression des deux jours fériés. Quelle est votre position ?
Éric Lombard : Ces deux jours fériés ne passaient pas auprès de l’opinion publique. Dans un contexte de dialogue et pour permettre l’adoption du budget, il fallait prendre en compte les avis des Français et des partis politiques. La décision d’annuler cette suppression était donc justifiée.
Laurent Delahousse : Sébastien Lecornu envisage de taxer plus fortement les grandes fortunes. Soutenez-vous cette piste ?
Éric Lombard : Oui, car nous demanderons un effort à tous les Français, un effort équitable et soutenable. Les dépenses publiques continueront à augmenter, mais l’effort devra être plus important pour les plus favorisés. Nous voulons toutefois protéger le patrimoine professionnel, essentiel à la création d’emplois et à la croissance. L’effort portera donc sur l’épargne et les actifs non investis dans l’entreprise.
Laurent Delahousse : Le patron du Medef dénonce une fiscalité excessive sur les entreprises. Que répondez-vous ?
Éric Lombard : Ces dernières années, l’impôt sur les sociétés et les impôts de production ont baissé. J’ai pris l’engagement de maintenir cette situation afin de soutenir la croissance des entreprises. Le Premier ministre poursuivra cette logique pour continuer à soutenir l’économie.
Laurent Delahousse : Fitch évoque également notre fragilité politique. Vous n’êtes ministre de l’Économie que depuis huit mois. Allez-vous poursuivre votre activité ?
Éric Lombard : La question est de savoir comment atteindre nos objectifs. Depuis ma nomination, j’ai réuni tous les partis à Bercy afin de trouver des solutions. Le budget a été adopté grâce au Socle commun et à l’abstention du Parti socialiste. Le Premier ministre souhaite renouveler cet exercice, avec des négociations adaptées à chaque partie.
Laurent Delahousse : Pourriez-vous jouer un rôle de médiateur, notamment avec Olivier Faure et les socialistes ?
Éric Lombard : Dans la République, ce n’est pas notre rôle de décider. La constitution du futur gouvernement relève du Premier ministre et du président de la République. Nous continuons à gérer le pays en attendant la formation du nouveau gouvernement.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.