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Plusieurs sites industriels en France restent en attente de relance, freinés par l’incertitude politique. Salariés, élus et repreneurs dénoncent les blocages administratifs qui retardent la reprise économique et menacent l’avenir industriel de plusieurs bassins locaux.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
À l’approche de Chapelle Darblay (Seine-Maritime), le site paraît désert, à l’abandon. Pourtant, derrière une fenêtre, une silhouette veille. Cyril Briffault, délégué CGT, s’occupe de l’usine de papier depuis sa mise à l’arrêt il y a cinq ans.
Après cinq ans de bataille, Cyril pensait voir l’usine renaître cet automne. Le repreneur canadien, associé à Veolia, n’attendait plus qu’une garantie de l’État. En juin dernier, le ministre de l’Économie a donné son feu vert, un soulagement vite tempéré : « En juin, c’était d’accord. Donc là, on reste là-dessus. Victoire, c’est gagné. Il reste quelques pointillés à discuter. Ça change parce qu’il n’y a plus personne à qui parler. Même si vous avez quelqu’un, il n’y a plus personne qui pourra prendre la décision de le faire. Il faudra tout recommencer. »
Au-delà de l’incertitude, Cyril craint que le repreneur se rétracte : « Le risque, c’est que l’industriel s’essouffle au bon moment. Est-ce que c’est ainsi qu’on va réussir à réindustrialiser le pays ? Voilà six ans que la boîte est en grand danger, cinq ans qu’elle est fermée, cinq ans qu’on se bat. Tout est prêt depuis trois ans. J’ai envie de vous dire, qu’est-ce qu’ils font ? »
En décembre dernier, le repreneur menaçait de se retirer du projet. Impossible de le contacter depuis. Deux cent dix-sept salariés travaillaient sur les machines, dont Jérôme De Souza. Même s’il a retrouvé un emploi, il en veut aux responsables politiques : « Je pense que dans l’ensemble, ils sont un peu déconnectés de nous, des gens de basse classe ou des ouvriers, on va dire. »
Chapelle Darblay n’est pas un cas isolé. Le bassin industriel de Port-Jérôme-sur-Seine traverse une période de transformation ralentie par les changements de gouvernement, selon Virginie Lutrot, maire de la commune.
Sur le terrain, un arrêté ministériel pris vendredi dernier va permettre de débloquer un projet d’usine de plastique recyclé. Mais l’élue a dû attendre des mois avant cette décision et craint que le processus ne doive être recommencé avec le prochain gouvernement : « À chaque fois, on est resollicités pour expliquer pourquoi le projet a un intérêt national, voire européen. À chaque changement de ministre. Vous devez reconvaincre les ministres qui eux-mêmes doivent convaincre leurs collègues. »
Cinq autres projets industriels sur la commune restent suspendus à une décision de l’État, laissant planer l’incertitude sur l’avenir économique local.