
Le décès d’un PDG russe relance les interrogations concernant les nombreuses morts d’oligarques russes jugées suspectes. Des dizaines de cas ont été recensés depuis le début de la guerre en Ukraine.
Retrouvé mort dans des circonstances troubles lundi 8 septembre, Alexey Sinitsyn est venu s’ajouter à la longue liste des oligarques et hauts dirigeants russes mystérieusement décédés depuis le début de la guerre en Ukraine. Ils sont des dizaines à avoir été victimes de ces morts douteuses.
Le corps de ce PDG d’une entreprise locale d’engrais a été découvert décapité dans la région de Kaliningrad. D’après l’agence de presse officielle russe RIA Novosti, une corde de remorquage était attachée à son cadavre. Pourtant le quotidien économique russe Vedomosti, qui cite une source policière, assure qu’il s’agit d’un suicide.
D’après le Kyiv independent, ces décès jugés suspects sont souvent qualifiés de suicides. Le média ukrainien fait notamment état d’«au moins» sept cas de «chute mortelle».
Andreï Badalov, Ravil Maganov, Pavel Antonov
Deux mois avant Alexey Sinitsyn, le 4 juillet, le vice-président de Transneft, monopole russe des oléoducs appartenant à l’État, a ainsi trouvé la mort après une chute d’une fenêtre de son domicile de Rublyovka. La thèse du suicide a été avancée par les enquêteurs et par Transneft, qui avait indiqué qu’Andreï Badalov vivait une «période difficile et stressante».
Ravil Maganov, président de Lukoil, deuxième plus grande compagnie pétrolière russe, est quant à lui décédé après être tombé de la fenêtre d’un hôpital de Moscou en septembre 2022. Sa nécrologie officielle a dans un premier temps mentionné une «maladie grave», avant que la thèse du suicide ne soit relayée par les médias d’Etat.
Pavel Antonov, député, a lui aussi été retrouvé mort gisant sous la fenêtre de son hôtel en Inde, en 2022. Plus récemment, en février, l’auteur-compositeur-interprète russe Vadim Stroykin, qui avait condamné l’invasion russe en Ukraine, serait tombé de la fenêtre de son appartement du 10e étage à Saint-Pétersbourg, alors que les policiers effectuaient une perquisition chez lui. Les médias russes ont là encore parlé d’un suicide.
Le Kyiv independent évoque aussi plusieurs cas de meurtre-suicide. Cela concerne notamment Vladislav Avayev, vice-président de Gazprombank, l’une des plus grandes banques russes, qui a été retrouvé mort en avril 2022, avec sa femme et sa fille. L’enquête avait conclu que l’homme les avait toutes deux tuées par balle, avant de retourner l’arme contre lui.
Le même scénario s’est produit quelques jours plus tard dans la famille de Sergei Protosenya, ancien directeur du producteur de gaz Novatek, retrouvé mort aux côtés de son épouse et de sa fille en Espagne.
Des «rivalités commerciales» ?
Comme le secteur de l’énergie, le monde politique a lui aussi connu des morts jugées suspectes, à l’image de celle de Roman Starovoït, le ministre russe des Transports, retrouvé mort par balle dans sa voiture en juillet dernier. Il faisait l’objet d’une enquête pour corruption et avait été démis de ses fonctions le jour-même par Vladimir Poutine. Un organe d’enquête avait là aussi conclu au suicide.
La liste de ces morts suspectes semble ne pas cesser de s’allonger puisque les décès de l’ancien directeur du Service de renseignement extérieur, Vyacheslav Trubnikov, de la cheffe du Département des finances au ministère russe de la Défense, Marina Yankina, ainsi que celui du secrétaire d’État et vice-ministre des Sciences et de l’Enseignement supérieur Piotr Kucherenko posent également question.
On se souvient aussi de la fin de l’ex-patron de Wagner, Evguéni Prigojine, tué avec une bonne partie de son état-major dans un accident d’avion en Russie, peu après avoir ordonné à ses hommes de marcher vers Moscou, en juin 2023.
Comme le rappelle La Dépêche, la ministre française des Affaires étrangères de l’époque, Catherine Colonna, avait elle-même déclaré : «Le taux de mortalité parmi les proches de Poutine est particulièrement élevé […] C’est une activité à risque».
Parmi ces élites russes décédées dans des circonstances suspectes, toutes n’étaient pas publiquement opposées au Kremlin. Interrogé par le Kyiv independent, Ivan Stupak, analyste militaire et ancien officier des services de sécurité ukrainiens, estime que leurs morts ne sont pas forcément toujours liées à des raisons politiques. Il pourrait aussi être question de «rivalités commerciales» : «dettes impayées, argent emprunté, voire détournement de fonds».