
Un Salvadorien, devenu un symbole de la politique migratoire répressive de Donald Trump devait être expulsé vers l’Ouganda après avoir été placé en détention lundi par les autorités américaines. Mais son avocat a déposé une plainte pour suspendre cette décision.
Les autorités américaines suspectent le trentenaire d’appartenir au gang salvadorien MS-13, classé comme «organisation terroriste». Kilmar Abrego Garcia, expulsé à tort en mars dernier vers le Salvador puis rapatrié aux Etats-Unis, a été de nouveau arrêté par la police de l’immigration (ICE) lundi, a annoncé sur X la ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem.
Today, ICE law enforcement arrested Kilmar Abrego Garcia and are processing him for deportation.
President Trump is not going to allow this illegal alien, who is an MS-13 gang member, human trafficker, serial domestic abuser, and child predator to terrorize American citizens…
— Secretary Kristi Noem (@Sec_Noem) August 25, 2025
Le ministère a précisé sur la même plate-forme qu’il serait envoyé en Ouganda, un pays d’Afrique de l’Est qui a annoncé la semaine dernière avoir conclu un accord avec Washington pour accueillir des migrants expulsés des États-Unis. Mais cette procédure a été immédiatement suspendue par une plainte déposée par son avocat.
Kilmar Abrego Garcia, 30 ans, avait été libéré la semaine dernière d’une prison dans le Tennessee (sud), où il est poursuivi pour aide au séjour illégal de migrants, et avait été autorisé à rejoindre sa famille dans le Maryland (est), dans l’attente de son procès.
Le ministère de la Sécurité intérieure l’avait toutefois enjoint à se présenter lundi matin devant les services de l’immigration de Baltimore, informant ses avocats de son possible transfert en Ouganda. Kilmar Abrego Garcia avait auparavant rejeté un accord de plaider-coupable, prévoyant son maintien en détention et une expulsion vers le Costa Rica.
«Aucune raison de le placer en détention»
Simon Sandoval-Moshenberg, l’un des avocats du suspect, a déclaré devant une foule de soutiens rassemblés devant les bureaux de l’ICE que son client avait été placé en détention après s’être rendu à ce rendez-vous.
«Il n’y avait aucune raison de le placer en détention (…) La seule raison pour laquelle ils ont choisi de le mettre en détention est pour le punir», a dénoncé son avocat, précisant que son client avait déjà été soumis à des mesures de surveillance électronique et assigné à résidence.
«Honte, honte», ont scandé les manifestants présents devant l’ICE, dont certains avec des pancartes montrant l’inscription «Libérez Kilmar».
Une affaire devenue emblématique
La volonté du gouvernement d’expulser Kilmar Abrego Garcia vers l’Ouganda marque un nouveau tournant dans une affaire devenue emblématique de la politique répressive de Donald Trump en matière d’immigration.
Le président américain a érigé la lutte contre l’immigration clandestine en priorité absolue, évoquant une «invasion» des Etats-Unis par des «criminels venus de l’étranger» et communiquant abondamment sur les expulsions d’immigrés.
Kilmar Abrego Garcia avait été expulsé vers le Salvador sans autre forme de procès en mars avec plus de 250 hommes, la plupart pour appartenance présumée à un gang vénézuélien. Le gouvernement Trump avait ensuite reconnu une «erreur administrative» concernant cet habitant du Maryland marié à une Américaine.
Le prévenu salvadorien ne possède pas de statut légal d’immigration sur le sol américain, mais un arrêté d’expulsion à son encontre vers le Salvador avait été définitivement annulé en 2019.
Il avait finalement été ramené aux Etats-Unis en juin, mais l’administration Trump avait aussitôt lancé des poursuites à son encontre dans le Tennessee pour aide au séjour illégal de migrants. Elle l’accuse par ailleurs d’être membre du gang salvadorien MS-13, classé «organisation terroriste» par le gouvernement américain, ce dont l’intéressé se défend.
Avant de pénétrer dans les bureaux de l’ICE de Baltimore, Kilmar Abrego Garcia s’est brièvement adressé à la foule de ses soutiens réunis devant le bâtiment. «Quoi qu’il arrive aujourd’hui, (…) promettez-moi de continuer à prier, à vous battre, à résister et à aimer, non seulement pour moi mais pour tout le monde. Continuez à exiger la liberté», a assuré ce dernier en direction de la foule.