
Un site du dark web, baptisé «Besa Mafia», qui se présentait comme un service de tueurs à gages accessible en quelques clics, s’est révélé être en réalité une arnaque. Toutefois, malgré cette supercherie, de véritables personnes ont été mises en danger.
Chris Monteiro, expert britannique en cybersécurité et hacker, a réussi à infiltrer le site «Besa Mafia», qui prétendait proposer des meurtres sur commande, des agressions et la vente d’armes. Son enquête a révélé qu’il s’agissait d’une vaste escroquerie visant à extorquer de l’argent à des commanditaires crédules.
Connu pour démythifier le dark web, réfutant notamment l’existence des «Red Rooms» – des supposées diffusions en direct d’assassinats – le spécialiste soutenait en 2016 que tous les sites permettant d’engager des tueurs à gages étaient tous des escroqueries. Pourtant, un détracteur soutenait que cette affirmation ne concernait pas «Besa Mafia», qui proposait des meurtres pour quelques milliers d’euros.
Malgré une interface «plutôt professionnelle, avec un login et un système de paiement», Chris Monteiro restait persuadé d’une supercherie. Après avoir publié un article critique, il a reçu une réponse inattendue du propriétaire du site, Yura, défendant l’authenticité de sa plate-forme et proposant même une interview exclusive.
Cependant, les échanges initialement courtois ont rapidement dégénéré en menaces envers le hacker. «Pour me faire taire, Yura a fait incendier une voiture. Puis il m’a envoyé la vidéo, accompagnée d’une capture d’écran de mon blog», a-t-il expliqué.
Une «liste noire»
Après quelques investigations, Chris Monteiro a finalement découvert que le fondateur, d’origine roumaine, dirigeait un réseau de sites frauduleux lui ayant permis d’amasser une fortune. Croyant sincèrement pouvoir commanditer un meurtre, les victimes de cette tromperie bien rodée ne portaient évidemment jamais plainte. «Je pense qu’il a gagné plus d’un million grâce à ses sites web», a affirmé le pirate, dont les révélations menaçaient ce business lucratif.
Loin d’être intimidé, celui-ci a déployé d’importants moyens pour démontrer la supercherie de «Besa Mafia» et de sites similaires, sa méthode principale consistant à tracer les paiements en bitcoin. «On a fait croire aux clients qu’il leur suffisait d’ouvrir un compte cryptomonnaie auprès d’acteurs majeurs comme Binance», a-t-il expliqué, soulignant que suivre les transactions crypto est relativement simple avec la coopération des plateformes.
Après avoir réussi à pirater le site, il a pu accéder aux messages de tous les «clients». «Je pouvais tout voir : les noms, les photos, les adresses, les profils sur les réseaux sociaux des cibles… Tout», a précisé le spécialiste en sécurité informatique.
Suite à plusieurs années d’observation, Chris Monteiro a transmis une «liste noire» répertoriant l’ensemble des cibles aux services de police dans différents pays. Toutefois, ces derniers ne l’ont pas pris au sérieux.
Il a ensuite essayé de prévenir directement les personnes menacées. «Il est très difficile de convaincre les gens qu’ils sont en danger», a-t-il confié, collaborant finalement avec des journalistes dans le monde, dont la Belgique.
Une enquête ouverte en Belgique
Le journal Het Laatste Nieuws a notamment contacté plusieurs cibles, à l’instar de B.L., un Belge dont le profil Facebook avait été envoyé en 2020 avec ce simple message : «Je n’ai pas son adresse, mais il doit mourir. Il faut le tuer». Aucun motif n’est précisé, mais le «contrat» aurait coûté 0,8477 bitcoin (environ 9.000 euros à l’époque).
Après des échanges sur les modalités de paiement, la tentative était finalement restée sans suite. Sa compagne a indiqué avoir déjà contacté les autorités, sachant que quelqu’un voulait lui faire du mal, sans fournir davantage de détails.
M.G., un bodybuilder et influenceur gantois, comptant des centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, lui, a été ciblé pour une simple «raclée». Une fois de plus, la raison n’a pas été mentionnée, mais le commanditaire a fini par se méfier et aucune transaction n’a eu lieu.
«Je n’ai pas d’ennemis. Mais ma voiture endommagée il y a des années. Deux fois de suite. La première fois, mon rétroviseur a été vandalisé. Une semaine plus tard, ma voiture a été à nouveau endommagée. Les autres véhicules dans la rue sont restés intacts», a-t-il réagi, surpris, en apprenant la nouvelle. Les conversations mentionnaient son adresse à cette période.
Les demandes ne concernaient pas uniquement des agressions contre autrui. Un adolescent belge de 17 ans avait commandité son propre assassinat pour 5.000 euros, écrivant : «Je ne veux pas être tué tout de suite. Je veux passer un dernier coup de fil. Je ne résisterai pas ; je peux aller dans la forêt la plus proche avec le tueur à gages». Dans ce cas également, aucun échange d’argent n’a été finalisé.
«Des gens veulent se suicider mais éviter que cela ne ressemble à un suicide. Cela a parfois un rapport avec les assurances, par exemple», a expliqué Chris Monteiro.
Le quotidien a transmis toutes les informations à la police belge, qui a ouvert une enquête. Le hacker s’est également entretenu avec les enquêteurs et coopère avec eux. Au moins une des cibles figurant sur la liste noire a été informée par les autorités, tandis que les autres seraient également en vie.