leur retour en grâce sur la Nationale 7

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By InfoHunter



Sur la route des vacances, il existe quelques résistants : les relais routiers. Longtemps repères incontournables des chauffeurs de poids lourds pour leurs offres généreuses et bon marché, ils sont de moins en moins nombreux. Ceux qui résistent ont décidé de se réinventer pour attirer de nouveaux clients.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Une lettre, un chiffre : la Nationale 7, à jamais été mythique. C’est la route du soleil, la route des vacances sur laquelle on retrouve des automobilistes pas pressés comme Laurent Argaud et son fils Félix. Dans leur 2 CV, année 76, pas de pointe de vitesse, juste l’envie de profiter sans stress. « On découvre plein de choses. À Monterlivan, on s’arrête pour acheter du nougat, par exemple. En Bourgogne, on s’arrête plutôt pour acheter du vin. Mais c’est un lien, l’axe principal, c’est la Nationale 7« , exprime le vacancier.

La Nationale 7, c’est aussi la route bleue sur laquelle on croise souvent des routiers sympas comme Michel Buchin. Cet itinéraire à l’air bis, ça le change de l’autoroute. « Sur la Nationale 7, on est bien. On peut s’arrêter et se restaurer. C’est moins monotone« , admet le routier.

Chauffeur ou vacancier, au moment de s’arrêter, un réflexe : le restaurant routier. Celui au kilomètre 557, c’est une institution. On vient de loin pour sa cuisine généreuse et sans chichi. Ouvert après la guerre, il appartient à la même famille depuis 55 ans. Philippe Aubert, c’est la troisième génération. Il a remplacé Pierre, son oncle. Avant eux, la patronne, c’était Jacqueline, la grand-mère. À l’époque, les camions n’étaient pas aussi confortables. Les routiers avaient besoin du gîte et du couvert.

« C’étaient des établissements qui, dans les années 60, même 70, étaient ouverts quasiment toute la journée, 24 heures sur 24. D’après les dires de ma grand-mère, les relais routiers étaient capables de faire un steak-frites-salade à 6 heures du matin« , raconte Philippe Aubert, responsable du relais routier « Les Châssis », à la Roche-de-Glun (Drôme).

Aujourd’hui, les horaires d’ouverture ne font plus le tour du cadran. Mais de 4h30 à 22h, la cuisine ne désemplit pas. Jusqu’à 150 repas sont servis par jour. Ici, tout est fait maison. Grâce au volume, les menus sont abordables, entre 13 et 22 euros. « On n’est pas dans la meilleure période pour pouvoir s’offrir ce qu’on pouvait s’offrir avant comme réconfort. C’est pour ça que c’est important de garder ces restaurants ouverts, avec une entrée de gamme, et avec des prix abordables« , clame Guillaume Sutur, chef cuisinier du relais routier « Les Châssis ».

Une formule qui marche. À partir de 18 heures, sur le parking du restaurant, le ballet des camions s’intensifie. Michel Buchin, notre routier, arrive parmi les premiers. L’horaire du départ permet aux placiers d’organiser les stationnements. Ce soir-là, une centaine de routiers vont, comme Michel, s’y arrêter, soulagés d’avoir bouclé leur longue journée. À table, le service commence dès 18h30. Les chauffeurs viennent des quatre coins de France et même d’Europe.

« C’est ça qui est bien au restaurant routier, c’est qu’on ne se connaît pas et puis, au bout de 30 minutes, on discute« , commente un d’entre eux. « Toute la journée, on est seuls dans le camion. Là, le soir, au moins, on ne parle même pas de boulot« , ajoute un deuxième. Michel, lui, dîne avec ses copains. Ils viennent ici depuis des années. Alors, ce restaurant routier, c’est un peu comme chez eux. « C’est presque ma première maison. Je suis plus souvent au restaurant d’hôtel que chez moi« , explique l’un d’entre eux.

Ces restaurants pas comme les autres sont nés dans les années 30. L’autoroute n’existait pas, alors pour livrer, les camions empruntaient les nationales. À leur apogée, on comptait jusqu’à 3 500 relais routiers. Cet âge d’or, Pierre Angelleti, ancien patron du relais, l’a bien connu, lui qui a passé 50 ans derrière le comptoir : « À l’époque, il y avait tous les routiers là, il était plein, matin, midi et soir. Parce qu’ils avaient une certaine forme de liberté. Les chauffeurs disaient comme ils voulaient. Ils organisaient leur travail eux-mêmes. Ils avaient de l’argent, ils étaient bien payés. Ça allait, ils gagnaient de l’argent à l’époque.« 

Aujourd’hui, sur 300 relais routiers en France, la Nationale 7 n’en compte plus qu’une dizaine. Pour attirer d’autres clients que les routiers, au Châssis, à l’heure du déjeuner, on mise sur les employés des entreprises locales. Et les touristes, comme Laurent Argaud, allergiques aux aires d’autoroute.

« Bien souvent, dans ces cafétérias, ce n’est pas forcément de la cuisine très traditionnelle, c’est plutôt industriel. Alors que là, je sens qu’on sent vraiment que c’est une cuisine familiale« , estime le vacancier. Un brin de nostalgie, une pointe de pittoresque… Les relais routiers, témoins encore vivants de la grande époque de la Nationale 7, entendent bien faire de la résistance.





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