
Le premier ministre britannique Keir Starmer et le chancelier allemand Friedrich Merz ont signé ce jeudi à Londres un traité global de coopération en matière de défense et d’immigration. Les deux dirigeants souhaitent également impliquer la France dans le futur.
Le premier pacte officiel entre le Royaume-Uni et l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale. Le chancelier allemand a appelé jeudi à la création d’un axe stratégique entre Londres, Paris et Berlin pour lutter contre l’immigration clandestine et approfondir la coopération en matière de défense. Keir Starmer et Friedrich Merz ont ainsi signé un traité qui devrait entrer en vigueur d’ici à la fin de l’année.
Concrètement, l’une des principales priorités du gouvernement de Keir Starmer est de s’attaquer aux réseaux criminels qui organisent les dangereuses traversées illégales de migrants dans de petits bateaux à travers la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni depuis la France. En 2024, les autorités ont détecté environ 37.000 personnes effectuant la traversée et plus de 22.000 autres au cours du premier semestre 2025.
Keir Starmer s’est dit «très reconnaissant» envers l’Allemagne, qui a accepté selon lui de modifier cette année sa législation pour criminaliser l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni. Il a salué «son leadership sur ce sujet», afin de faire en sorte «que les petits bateaux stockés en Allemagne puissent être saisis». L’Allemagne est en effet régulièrement citée comme l’une des bases arrière pour les canots gonflables utilisés par des milliers de migrants pour traverser la Manche.
Le Premier ministre britannique a par ailleurs annoncé un prochain accord tripartite entre le Royaume Uni, l’Allemagne et la France sur le sujet. «Nous voulons réduire considérablement l’immigration illégale dans toute l’Europe», a-t-il dit. Le président Emmanuel Macron sera à Berlin mercredi prochain, après sa visite d’Etat en Angleterre la semaine dernière.
Selon Friedrich Merz, les positions des trois pays du groupe «E3» se «rapprochent étroitement en matière de politique de sécurité, de politique migratoire, mais aussi de politique économique». L’accord annoncé jeudi entre Londres et Berlin, appelé traité de Kensington, a été qualifié d’«historique» par Keir Starmer, qui a reçu Friedrich Merz à Downing Street, après la signature au Victoria & Albert Museum.
Défense mutuelle
Sur fond de guerre en Ukraine, le traité ancre aussi la volonté des deux pays de «renforcer la sécurité euro-atlantique et assurer une dissuasion efficace contre les agresseurs potentiels» grâce à leurs forces de défense, tout en envisageant de renforcer la coopération dans ce domaine à l’avenir. Downing Street a ajouté que les deux dirigeants étaient d’accord pour renforcer les exportations d’armes, tels les véhicules blindés Boxer et avions Typhoon, avec des commandes supplémentaires pouvant atteindre «des milliards de livres».
Mi-mai, les deux pays avaient déjà annoncé vouloir travailler ensemble sur des missiles de longue portée de 2.000 km – largement supérieure à celle des missiles de croisière franco-britanniques Storm Shadow. Lors de la visite d’Etat d’Emmanuel Macron la semaine dernière – la première d’un chef d’Etat de l’Union européenne depuis le Brexit – Paris et Londres ont acté un rapprochement d’ampleur en matière de dissuasion nucléaire, promettant de coordonner leurs moyens respectifs en cas de menace sur l’Europe.
L’accord entre Londres et Berlin doit aussi permettre davantage de coopération dans les secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle. Côté transport, les deux pays veulent améliorer leurs liaisons ferroviaires. Le mois dernier, Eurostar a annoncé vouloir lancer un train reliant Francfort à Londres début 2030, ce qui serait la première connexion directe entre le Royaume-Uni et l’Allemagne.
A l’occasion de la venue du chancelier à Londres, une source gouvernementale allemande a déclaré qu’il «ne fallait pas sous-estimer» à quel point les relations avec le Royaume-Uni s’étaient améliorées depuis l’expérience «traumatisante» du Brexit. Jeudi, Friedrich Merz a toutefois dit personnellement «déplorer» le départ du pays de l’Union européenne.