
En mai, 2.000 prisonniers ont été échangés entre l’Ukraine et la Russie dans le cadre des accords du 2 juin. Pour les soldats russes, la case famille ne fait pas partie du processus de retour dans leur pays.
Un retour difficile en Russie. En mai, 1.000 soldats ukrainiens ont été échangés contre 1.000 soldats russes, dans le cadre d’accords entre Kiev et Moscou. Les deux pays ont réalisé le plus gros échange de prisonniers depuis le début de la guerre. Cependant, les soldats russes n’auraient pas eu le temps de retrouver leur famille après leur captivité, qu’ils auraient déjà été renvoyés sur le front, révèle le média indépendant russe Okho.
Le 9 juin dernier, un échange avec l’épouse d’un prisonnier de guerre russe a été publié sur la chaîne Telegram Mobilisation. Elle exhorte les autorités de libérer son époux, comme l’exige la loi. Ce témoignage confirme que les prisonniers de guerre ne peuvent pas retrouver leur famille, avant d’être directement renvoyés au front.
Les blessés de retour sur le front
Le témoignage de cette femme vient alourdir la peine des familles de soldats. En effet, depuis le début du conflit armé en février 2022, la Russie reste muette quant au sort de ces soldats. Pour contrebalancer ce mutisme, l’Ukraine a créé, en août 2023, un projet «I want to find» (Je voudrais trouver) afin d’aider les familles russes à découvrir si leur proche est capturé ou décédé.
Cette initiative a aidé beaucoup de personnes comme Yana, la sœur d’un soldat russe engagé en mai 2024 et disparu depuis le 24 juin 2024. Ne donnant plus de signe de vie, elle a tenté de contacter tous les militaires et autorités qu’elle a pu, sans résultat. Elle s’est alors tourné vers le projet ukrainien : «Finalement, j’ai reçu un message m’informant que je devais m’attendre à de bonnes nouvelles. C’est là que j’ai appris que mon frère était vivant».
Même si Yana a pu retrouver la trace de son frère, Kirill, cela ne lui a pas permis de le revoir. En effet, placé sur les listes de prisonniers à échanger après avoir promis à l’Ukraine de ne pas retourner sur le front, Kirill est échangé le 6 mai 2025. Sa famille en est informée, mais le soldat n’a pas eu le droit de rentrer chez lui, pas même une journée. À la place, il a été envoyé à Moscou pour plusieurs interrogatoires, avant de retrouver l’Ukraine.
Selon plusieurs de ses camarades, Kirill aurait fait un séjour en hôpital psychiatrique après avoir tenté de se suicider et aurait fait une dépression nerveuse liée aux conditions sur le front.
Plutôt rester captif que retourner sur le front
Les soldats captifs sont alors clairs : préférer rester captif plutôt que de retourner sur le front. De nombreux prisonniers russes observent cette conclusion. Comme le détaille Tatyana, mère d’un soldat de 20 ans, : «Ils m’ont laissé lui parler une fois. Il est en captivité depuis avril 2025. Il m’a dit « S’ils me condamnent, je préférerais purger une peine de trois à sept ans, mais je ne retournerai pas sur le front »».
Quant à Marina, femme d’un soldat, elle confie : «Je ne peux m’empêcher de penser que tant qu’il est là-bas, il est en sécurité. Il dit qu’ils ne le torturent pas et qu’il survivra».
De nombreux défenseurs des droits de l’homme rappellent l’article 117 de la Convention de Genève : «Aucun rapatrié ne pourra être employé à un service militaire actif». Cependant, ni la Russie, ni l’Ukraine ne respectent cette règle de la convention sur les prisonniers de guerre éditée en 1949.
Alexey, soldat russe, détaille cette manœuvre faite par le gouvernement russe depuis le début du conflit armé avec l’Ukraine : «Chaque contrat avec le ministère russe de la Défense est désormais à durée indéterminée. Il existe une faille dans la législation russe : en l’absence de trêve officielle et en l’absence d’hostilités actives, les prisonniers de guerre restent considérés comme des soldats d’active. Cela signifie que la captivité à elle seule n’est pas un motif de démobilisation».
Grâce à cette clause, l’armée russe utilise continuellement ses soldats, malgré les blessures, malgré la captivité et malgré les permissions, afin d’alimenter le front en Ukraine. L’objectif étant toujours de faire reconnaître, à l’international, le territoire envahi par la Russie comme le sien.